Le magasinage

« Ah, on l’sait ben, aujourd’hui les jeunes, avec les sites de rencontre en ligne, c’est comme du magasinage de partenaires… »

Euh… Parce que tu crois qu’on a inventé le magasinage au XXIème siècle?

(NDLR pour les Européens: « magasinage » est la traduction québécoise de « shopping »)

Bref, on retourne un peu en arrière, disons, dans le Québec rural d’antan. Et oups, le choix de partenaires soudainement vient de rétrécir pas mal. Du genre, une fois que tu rayes de la liste tout ceux qui ont un lien de parenté un petit peu trop évident, il ne reste plus grand monde. À part M. le curé et le grand Jack du fond du rang avec les dents toutes croches qui est confus depuis qu’il a mangé une ruade de sabots par la tête un soir de guignolée. Et M. le curé est comme pris ailleurs, disons.

Bref, c’est pas vargeux. Alors vous vous mettez à cinq-six paroisses pour organiser des veillées. Histoire de maximiser les chances de match, un peu. De faciliter le magasinage. Et encore, le choix est pas terrible. Tu vas t’estimer chanceuse si tu trouves un gars travaillant et pas trop ivrogne qui te sacrera pas une volée en rentrant à la maison. Et ça, pour ceux et celles qui fittent dans le moule binaire/hétéro. Je vous laisse imaginer le calvaire des autres.

Remonte dans le temps et le pattern reste le même. Jusqu’aux communautés primitives qui vont voler leurs partenaires dans les tribus voisines. Un rituel. Un rapt. C’est culturel. Pas sûr que c’est si agréable que ça moi…

Et le problème, derrière ça, c’est quoi? À part l’absence évidente de consentement? En partie l’absence de choix. Non seulement au niveau du partenaire, mais aussi au niveau de sa propre sexualité, de sa reproduction (ou pas!), de sa sécurité physique et émotionnelle. Une pauvreté si manifeste qu’on l’encode culturellement.

XXIème siècle. On a le choix. Et là y’a les nostalgiques férus de valeurs familiales qui vont se cacher sous une critique de la société de consommation en disant que, justement, c’est du gaspillage, de la consommation outrancière. Mais c’est un argument sans substance. Parce que rien n’est gaspillé. Une relation se termine, 10 autres pourront commencer. Rien ne se perd, tout se crée ou se transforme. Rien ne se perd, sauf vos codes culturels archaïques qu’on met aux poubelles avec un enthousiasme délirant.

Alors oui, on magasine. On écrit de nouveaux codes. Et c’est une maudite bonne affaire.

 

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