Le mythe du deuil perpétuel

Certaines personnes, remarquant que les polyamoureux vivent leur lot de ruptures à des fréquences apparemment plus élevées que les monogames plus traditionnels, en arrivent facilement à la conclusion que les relations polyamoureuses ne sont pas stables ni sérieuses. C’est, malheureusement, un biais fréquent, mais le revers de la médaille est plus rassurant: c’est surtout une question d’incompréhension et de méconnaissance du contexte.

Si on prend la durée comme un critère de réussite (et on peut en débattre, j’y reviens plus bas), alors ça peut sembler inquiétant. La sagesse populaire regorge de barèmes qui identifient les étapes déterminantes d’une relation. On parle par exemple du seuil des 3 (3 semaines, 3 mois, 3 ans), de l’écueil des 7 ans, etc. Un sondage britannique paru en 2014 établissait la durée moyenne d’une relation à 2 ans et 9 mois. Ça semble court, mais comme il fallait à ces personnes entre 7 et 8 relations avant de tomber sur « la bonne personne », ces données font pas mal de sens.

Qu’est-ce que ça signifie concrètement pour les polyamoureux? Et bien, si on prend l’hypothèse que les durées de relations sont sensiblement les mêmes (on pourrait débattre de cette hypothèse, j’y reviens plus loin), un polyamoureux, selon le nombre de relations vécues au point de saturation vivra des deuils de façon assez régulière. Petite démonstration:

  • 1 partenaire: un deuil aux deux ans et 9 mois
  • 2 partenaires: un deuil à chaque 16 ou 17 mois
  • 3 partenaires: un deuil aux 11 mois
  • 4 partenaires: un deuil au 8 mois
  • 5 partenaires: un deuil aux 6 ou 7 mois
  • 6 partenaires: un deuil aux 5 mois et demi

Et ainsi de suite. Mais si effectivement seulement une relation sur 7 ou 8 débouche sur une relation à long terme, ceci signifie qu’à l’exception d’une ou deux relations primaires, nos polyamoureux moyens peuvent vivre des deuils à une vitesse beaucoup plus élevée. Conséquemment, selon le point de saturation, il est tout à fait normal qu’ils apparaissent vivre une succession de rupture, même si les relations vécues ont exactement les mêmes caractéristiques de longévité que les relations monogames.

De surcroît, comme on reconnait plus souvent les événements marquant que l’absence d’événement (une rupture frappe plus l’imagination qu’une absence de rupture, il faut l’admettre), cette suite de ruptures laisse une impression différente dans l’esprit des gens monogames, qui pensent rarement à vous demander, en moyenne, la durée de vie de vos autres relations.

Ceci dit, la durée de vie est loin d’être le seul facteur de réussite par lequel nous pouvons évaluer une relation amoureuse. En fait, parler de « réussite » et de relation est en soi un piège. Il n’y a pas de mesure de succès, pas de notes de passage, pas de récompense au prochain niveau. Les relations n’ont pas besoin d’être pérennes pour être significatives, et tel que mentionné dans un billet précédent, une rencontre de quelques heures pourrait fort bien avoir un impact marquant et favorable sur l’ensemble de votre vie.

Ceci pourrait d’ailleurs expliquer une autre perception, qui fera l’objet d’un billet ultérieur: l’apparente facilité des gens non-monogames à nouer de nouvelles relations. Les polyamoureux seraient possiblement plus à l’aise avec l’idée d’explorer rapidement de nouveaux liens de nature romantique et/ou sexuelle. Intuitivement, cette idée pourrait faire du sens – je tente présentement de modéliser ce concept en utilisant la théorie des jeux. Si un lecteur avide de mathématiques a envie de me donner un coup de main, je ne dirais pas non!!!

En attendant, si jamais on vous fait des reproches sur la durée de vos relations, vous saurez que vous avez au moins deux approches qui vous permettront de rappeler gentiment à votre interlocuteur de se mêler de ses affaires. D’une part, le biais de perception ci-dessus illustré, et d’autre part, le préjugé auquel s’accroche l’autre personne qui fait de la durée le facteur principal de réussite d’une relation.

 

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L’écoute et l’accueil

On répète souvent – et inlassablement – que le succès des relations polyamoureuses repose d’Abord et avant tout sur le maintien d’une bonne communication. Ce conseil s’applique sans doute à n’importe quelle relation, amoureuse ou pas, exclusive ou pas, alors ça vaut la peine de prendre quelques minutes pour l’approfondir davantage. Évidemment, il y a plusieurs formes de communication dans une relation. Certaines formes sont basées sur l’interaction. Dans ce cas, ce n’est pas le contenu de ce qui est échangé plutôt que le contexte, l’échange, la participation qui soude les participants. Souvent ce sont des échanges humoristiques, ou conventionnels, culturels. D’autres formes de communication sont axées sur la résolution des conflits ou sur la découverte d’information. Ce sont dans ces circonstances qu’il faut faire preuve d’un peu plus de doigté.

Vous avez sans doute vu passer une variante de l’expression suivante sur les réseaux sociaux: « le problème des gens aujourd’hui est qu’on n’écoute pas pour comprendre, on écoute pour répondre. » Si cette technique fonctionne à merveille en politique ou dans les médias, ou encore pour troller sur le web, ça ne vous mène pas bien loin lorsque vient le temps de construire une relation mutuellement enrichissante. Dans les situations plus tendues ou intimes, écouter pour comprendre vous servira plus efficacement.

Le premier conseil, donc, afin d’éviter « d’écouter pour répondre », sera de ne pas répondre, tout simplement. Il ne suffit pas de rester de marbre, évidemment. Vous devez manifester votre présence concrètement, en encourageant l’autre à s’exprimer. Un silence actif et engagé (par opposition à un silence absent et indifférent) a plusieurs avantages. D’abord, la nature ayant horreur du vide, le silence mènera souvent les gens à approfondir davantage ce qu’ils viennent d’exposer. Ensuite, dans les situations tendues, on lance parfois des appâts à l’autre afin d’envenimer une situation et en évitant de répondre, vous éviterez de tomber dans le panneau.

Ayant évité d’écouter pour répondre, vous devez maintenant vous assurer d’écouter pour comprendre. Le piège ici est évidemment la fausse compréhension. Nous avons évolué afin de réagir rapidement à une situation donnée et notre réflexe premier est de catégoriser ce que nous percevons selon nos préjugés ou nos expériences antérieures. Ceci est inefficace en communication car cela réduit le discours de l’autre à vos propres expériences et vous empêche de percevoir le caractère unique ou nouveau de leur propos. Un truc très simple pour éviter cet écueil est de favoriser les questions ouvertes lorsque vous relancez l’autre. Ainsi, au lieu de dire « tu as dû te sentir vraiment en colère/heureux/triste/etc. » selon les circonstances, demandez plutôt à l’autre de vous décrire ce qui a été ressenti.

Posez cette question afin d’éviter de poser un jugement, et efforcez-vous d’éviter le jugement par la suite. Vous pouvez parfois ne pas être d’accord avec le discours ou les motivations apparentes de quelqu’un, mais sans connaître en détail les circonstances de vie qui affectent les choix et les paroles d’autrui, votre jugement pourrait se révéler fortement teinté de préjugé. Dans un autre domaine, on préconise la technique des « cinq pourquoi » afin d’arriver à la cause fondamentale d’un enjeu. C’est à dire qu’il ne faut jamais s’arrêter à la première cause identifier, mais essayer de comprendre d’où vient cette cause en relançant, puis en relançant encore, et ainsi de suite.

Ces brefs conseils ne vous indiquent pas comment résoudre tous les conflits qui peuvent survenir dans vos relations, mais au minimum vous permettront d’éviter de les envenimer. En ayant une approche axée sur l’accueil de l’autre, sur sa découverte, sur l’acceptation de son propos vous ne pourrez que vous aider mutuellement.

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Anniversaires et dates importantes

Sans même que je m’en rende compte, ce blogue a célébré son premier anniversaire la semaine dernière. Trop occupé par la vie de tous les jours pour le souligner, je me reprends cette semaine et j’en profite, temps des Fêtes oblige, afin de revenir sur une des complexités propre à la non-monogamie éthique: comment prioriser les rendez-vous lors des événements importants. Par exemple, avec qui célébrer le Nouvel An? La Saint-Valentin? Comment déterminer dans quelle personne inviter?

Même pour l’anarchiste relationnel (et l’anarchiste tout court) qui voit dans ses fêtes la reproduction de modèles et de conventions sociales auxquelles on peut choisir de ne pas souscrire, la question se pose. Nos partenaires peuvent en effet accorder une toute autre signification à ces événements. Difficile de ne pas en tenir compte, et difficile dans tous les cas de ne pas être emporté par le tourbillon qui entoure chaque célébration à moins de vivre tel un reclus dans les bois. Ce qui n’est vraiment pas mon cas.

Si je n’ai pas de règles fixes à vous proposer, j’ai tout de même quelques conseils à appliquer par expérience.

Premièrement, la hiérarchie ne signifie pas qu’il faille pour autant ignorer ses partenaires secondaires dans les moments importants. Ceux-ci comprendront que vous voulez consacrer du temps à votre partenaire principal, mais dans une relation polyamoureuse saine, votre partenaire principal devrait également comprendre qu’il est important pour vous de souligner ce temps de l’année en compagnie de vos autres relations amoureuses.

Un truc pratique est de ne pas s’engager d’abord sur les dates, mais de commencer de façon tout à fait transparente à demander les disponibilités de chacun-e-s afin de voir la façon la plus simple dont l’horaire peut s’arranger. Ce simple geste envoie un message comme de quoi vous désirez traiter l’ensemble de vos partenaires équitablement.

Priorisez ensuite non pas par la hiérarchie, mais par la rareté des plages horaires communes ainsi qu’en fonction des éléments incontournables. Par exemple, votre réveillon en famille, ou des événements prévus avec vos enfants peuvent revêtir une importance primordiale. Vos partenaires ont sans doute ces mêmes choses à l’horaire. Prenez soin de partager ces éléments.

Soyez enfin ouverts aux suggestions alternatives. Le temps des Fêtes par exemple est propice aux célébrations, mais il peut s’agir aussi bien d’un brunch que d’un souper gastronomique ou que d’une soirée endiablée. N’hésitez pas à inviter plusieurs personnes, tout comme vous devriez être prêt à accepter une invitation sachant que vos métamours seront aussi présents. Il faut faire preuve de flexibilité et d’ouverture après tout pour être en mesure de partager quelques moments avec tous les gens qui comptent pour nous.

Je serais plus qu’heureux d’entendre parler de vos trucs et astuces afin de gérer ces horaires délicats, et je vous invite à nous en parler dans les commentaires!

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Ses besoins VS les besoins des autres

L’affirmation de soi est devenue la mesure employée pour l’évaluation de la réussite personnelle. La réalisation personnelle – pas uniquement financière ou professionnelle – est donc aujourd’hui un gage de succès. Les enfants sont encouragés à développer leurs rêves, à les réaliser, et autant l’éducation que la publicité renforcent ce modèle en vous inspirant ou vous rappelant insidieusement qu’en tant qu’individu, vous devriez aspirer à un modèle et tenter de le réaliser ou de le surpasser.

La réalisation individuelle n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais notre obsession sur cette dernière occulte une pratique tout aussi, sinon plus important, soit la réalisation communautaire. Présentement la société nord-américaine valorise beaucoup plus le premier au détriment du second. Ainsi, les professions de natures plus sociales, engagées et tournées vers la communauté sont non seulement moins bien rémunérée, mais offrent des conditions de travail beaucoup plus difficile que celles orientées vers la réussite financière; pensez aux infirmiers, enseignants, travailleurs sociaux et intervenants communautaires – des emplois nécessitant parfois des études considérables. On y dégage aussi l’influence pernicieuse du privilège de genre – ce sont des emplois que l’on associe fréquemment au genre « féminin » et qu’on rémunère moins bien tout en les prenant moins au sérieux, malgré leur rôle essentiel.

Dans le modèle traditionnel des relations, il est un peu pris pour acquis que les deux partenaires doivent s’efforcer mutuellement d’exprimer leurs besoins, leurs désirs tout en répondant à ceux des autres. Une relation épanouie, aujourd’hui, est une relation qui maximise la possibilité de réalisation de soi des deux partenaires. Dans une relation à plusieurs cependant d’autres enjeux se posent. Comment réconcilier des visions du monde et des aspirations qui peuvent varier entre amoureux, métamours, polycules différents mais nécessairement interreliés?

Tout comme dans la société en générale, la solution passe par la valorisation du rôle communautaire. Au sein de chaque groupe de personne, il est primordial d’adopter des pratiques et des comportements qui favorisent le succès du groupe en entier et le bien-être de chaque individu dans le groupe. Par exemple, s’assurer discrètement que tous les invités sont confortables lors d’une soirée, lors d’un souper. Pour les événements plus enflammés, il est important de toujours valider le confort et le consentement des invités lorsque les activités se pimentent un peu. La liste d’exemples pourrait s’allonger infiniment selon la variétés des contextes sociaux.

Ces rôles sont non seulement importants mais priment sur la réalisation individuelle. Une personne qui pense d’abord à ses propres désirs dans une soirée risque de froisser ou de heurter d’autres individus, qui passeront une moins belle soirée et dont le ressentiment pourra affecter ce que vivent tous les autres convives. Ça rejoint indirectement ce que Dan Savage appelle le « campsite rule »: dans une relation, le partenaire plus âgé ou expérimenté a une responsabilité de laisser l’autre partenaire en aussi bon ou meilleur état qu’il l’a trouvé. Dans un contexte social, cette responsabilité est partagée entre tous les participants. Donc le plaisir de l’individu doit être subordonné au plaisir collectif, et tout comportement qui favorise le second face au premier doit être souligné, encouragé et reconnu.

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La saturation

Un concept dont on ne parle pas à prime abord lorsqu’on traite du sujet de la non-monogamie éthique est celui de la saturation. Comment fait-on pour reconnaître quand assez, c’est assez? Dans un contexte culturel monogame la réponse est assez claire: une personne, c’est assez – notez que certaines cultures font des exceptions pour les amants et maîtresses « illicites ».

Lorsqu’on brise les codes culturels en vigueur, il faut réapprendre à poser les limites, ce qui n’est pas nécessairement évident. Il faut d’une part accepter que oui, nous avons des limites et ensuite essayer de les définir, ce qui est aussi une tâche complexe.

Par exemple, qu’entendons-nous exactement par saturation? Il serait réducteur de réduire le concept au simple nombre de relations (amoureuses ou pas) qu’une personne peut avoir. J’ai déjà mentionné dans un article précédent ma formule « 6 plus ou moins 2 » pour évaluer le nombre de relations simultanées que je me sens en mesure d’entretenir tout en ayant un apport assez enrichissant pour mes partenaires également. Mais comment savoir quand on est dans le « moins 2 » ou dans le « plus 2 »?

Il faut voir la saturation comme un ensemble des circonstances de vie et planifier une contingence pour les aléas de chaque sphère du quotidien. Travail, études, famille et enfants, loisirs, tous ces domaines occupent une partie significative de notre temps et de notre énergie. Chaque nouveau projet, chaque nouvelle passion entraîne une nouvelle ponction de ces précieuses ressources.

Comme les circonstances de chaque personne sont différentes, il n’y a pas de façon universelle de déterminer la « capacité relationnelle » pour ainsi dire. On peut par contre chercher à identifier des signes clairs qui sonnent l’alarme lorsqu’on se rapproche du point de saturation. Lors de la conférence Amours 2.0 qui a eu lieu il y a trois semaines, j’ai apporté l’élément de réflexion suivant: on peut se considérer saturé lorsqu’il devient impossible de prendre du temps pour soi. Simplement avoir un moment seul à ne rien faire, à ne rien faire de productif, de relationnel, d’imposé. Lorsque nous perdons la liberté de nous réserver à nous-même une case dans notre horaire, il est clair que nous avons atteint un seuil qui met en péril certaines obligations, car il suffit d’un simple imprévu pour tout chambouler votre emploi du temps sans qu’il n’y ait de cas-horaire tampon pour absorber le choc.

Sachant cela, faites passer un test de stress à votre emploi du temps. Imaginez une urgence imprévue dans un domaine quelconque (travail, famille, ou autres tels que mentionnés ci-haut). Comment pourriez-vous réagir? Comment réagiraient vos partenaires? Avez-vous déjà abordé le sujet ensemble? La réponse à ces questions vous aidera à mieux vous connaître ainsi que vos limites, mais permettra aussi de clarifier à l’avance avec vos partenaires vos attentes en terme de gestion du temps et pourra vous aider à communiquer un peu plus efficacement lorsqu’une crise imprévue surviendra.

 

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Amours 2.0

Pas de billet cette semaine puisque je me préparais pour l’événement Amours 2.0, la toute première série de conférences et de présentations sur le thème des relations non-monogames éthiques donnée, à ma connaissance, à Montréal. C’était par ailleurs une superbe activité – soulignons l’implication des participants et des organisateurs – et je vous invite à suivre la page Facebook de l’événement ou encore son site web afin d’être mis au courant des présentations futures.

Par contre, je me fais un plaisir de vous laisser une copie de ma présentation (du moins, des diapositives). Vous y trouverez, souvent résumées sommairement, les idées que j’ai exposées aujourd’hui, mais souvent aussi auparavant sur ce blogue.

anarchie-relationnelle

Certaines images à la diapositive « Qu’est-ce que l’anarchisme » sont celles de figures connues de la pensées anarchistes. Je vous laisse ci-dessous des liens vers les résumés de chacune d’entre elles sur Wikipedia:

Emma Goldman

Pierre-Joseph Proudhon

Piotr Alekseievitch Kropotkine

David Graeber.

Bonne lecture et à la semaine prochaine!

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De l’importance des liens

Dans le Modèle Standard ™ des relations, le lien exclusif entre deux personnes entraîne certaines obligations morales, voire légales lorsqu’elles sont intégrées à un contrat de mariage. Obligation de prendre soin de l’autre, partage de patrimoine, respect du caractère exclusif de l’union, etc, etc. Évidemment, les circonstances de vie peuvent faire que l’un ou l’autre partenaire soit temporairement incapable de remplir certaines obligations. C’est là qu’entre en jeu un des mécanismes les plus pernicieux du Modèle Standard: dans une union entre deux personnes, les familles de ces deux personnes sont également unies. Une union est donc une alliance forcée entre deux communautés. La famille de votre partenaire devient votre « belle-famille » et les relations, comme les titres, se codifient: gendre, bru, beau-père, et ainsi de suite.

L’avantage de ce modèle est que le réseau de soutien et de contact se trouve élargi et qu’en cas de difficulté, il est pris pour acquis que ce réseau élargi viendra à votre secours. L’inconvénient est que le consentement des personnes faisant partie de ce réseau n’est jamais pris en compte. Vous faites partie de la belle-famille que vous le désiriez ou non, avec des obligations sociales et morales à respecter.

La famille en tant qu’institution en Amérique du Nord perd un peu d’importance, alors ces obligations ne pèsent plus aussi lourd qu’autrefois. Cependant, il est important de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La raison d’être de ses institutions est aussi d’assurer le bien-être et la survie des gens qui y participent.

Le modèle polyamoureux, et encore plus le modèle anarchiste relationnel, remettent complètement en question ces organisations sociales. Par contre, il est important de continuer à construire des liens afin d’assurer que chaque personne continue à faire partie d’un réseau social solide et mobilisé. Ceci est d’autant plus important que les personnes ayant des orientations sexuelles ou relationnelles hors-normes sont parfois stigmatisées et rejetées par leur famille, leurs amis, bref, les réseaux sociaux conventionnels.

Cet état de fait plaide donc en faveur de deux alternatives qui peuvent se substituer aux réseaux conventionnels. D’une part, la création de liens à l’intérieur d’un polycule, entre métamours et entre leurs polycules respectifs, permet aussi l’établissement d’amitiés solides entre personnes qui partagent une même réalité. Lors de moments plus difficiles, tout ce réseau peut se mobiliser pour soutenir un membre en difficulté. Prenons le cas d’une personne qui subit un accident et qui doit passer plusieurs jours, voir semaines, alitées et hors du travail. Bien que le filet de protection sociale et légale l’assure d’un minimum de confort financier, la vie de tous les jours devient alors un défi. Dans ce cas (inspiré d’un cas réel), la personne pourra compter sur l’aide de ses amoureux, qui vont lui tenir compagnie en alternance, aident avec les tâches ménagères, l’épicerie, ainsi de suite. Ses métamours pourront également se mettre de la partie et aller lui tenir compagnie également. Le tout en plus des membres de sa famille qui iront donner un coup de main. La présence de plusieurs amoureux et métamours permet un soutien constant tout en permettant aux aidants de ne pas avoir à mettre leur vie sur pause pendant ce temps en se répartissant l’effort entre eux.

L’autre solution réside dans la création de liens très forts entre les membres d’une même communauté d’intérêt. À titre d’exemple, la communauté polyamoureuse montréalaise est tissée très serrée, et de multiples événements ont lieu chaque semaine qui permettent à plusieurs membres de se regrouper, de se croiser, de connecter selon leur désirs et leurs intérêts respectifs. Plus ces liens sont forts et fréquents, plus les chances que la communauté se mobilise lorsque l’un de ses membres (ou plusieurs) est ou sont en difficulté est élevée. La communauté devient donc un cercle virtueux, en quelque sorte, où la quantité d’événements permettant de créer des liens améliore le bien-être social de ses membres, tout en mettant en place l’une des conditions nécessaire au soutien communautaire.

Ces deux éléments font la force du milieu polyamoureux et anarchiste relationnel. Ce sont aussi à mon avis des éléments qui doivent être encouragés, maintenus et protégés afin d’assurer le bien-être des gens à l’intérieur de toutes les communautés. Sachant que la présence de réseaux d’entraide est l’un des grands déterminants de la santé publique, il peut également s’agir d’un élément positif dans les revendications pour la reconnaissance légale et sociale du polyamour.

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Offre et demande polyamoureuse

On me pose souvent la question de savoir comment on fait pour rencontrer d’autres personnes lorsqu’on vit en solution de non-monogamie (couple ouvert, polyamour, anarchie relationnelle, etc.). En réalité ce n’est pas si complexe que ça dans la mesure où certains des prérequis de base de la rencontre amoureuse changent lorsqu’on a plusieurs relations.

Commençons par modéliser l’offre et la demande de relation monogame, et explorons ensuite les variantes.

En supposant que l’amour est un marché (et ici, le marché dans son expression idéale, soit un lieu d’échanges) où un seul critère est recherché (ce critère pourrait être la grandeur, l’éducation, la richesse, la qualité de la langue française, l’engagement social, mais pour faire ça superficiel, je vais prendre la beauté), ET en supposant que la beauté est un caractère objectif et universellement reconnu (ce qui n’est pas le cas, mais c’est pour la démonstration, là)…

Toutes choses étant égales par ailleurs, les personnes « objectivement belles » recevront beaucoup plus d’offres que le les personnes « objectivement non-belles ». Ceci dit, comme chaque personne ne cherche qu’une seule et unique relation, elles doivent répondre aux offres reçues de façon à sélectionner le meilleur candidat possible. Donc, pour équilibrer l’offre et la demande, les personnes « obectivement belles » répondront à beaucoup moins d’offres et les personnes « objectivement non-belles » devront répondre à beaucoup, beaucoup plus d’offres, voire faire plus de demandes de leur côté.

En d’autre mots, comme la personne « objectivement belle » est pas mal plus populaire, les chances qu’elle sollicite une autre personne sont beaucoup moindres.. Et comme la personne « objectivement non-belle » doit solliciter plus de gens, les chances qu’elle sollicite une autre personne qui ne la trouve pas de son goût sont très élevées. L’essentiel du comportement sur les sites de rencontre n’est donc au final qu’une question d’équilibre des courbes d’offres et de demande.

Dans la réalité, il y a plein de critères qui font qu’une personne se perçoit comme populaire ou désirable, ou non, et les réactions vont changer selon cette perception – pas nécessairement dans le sens que j’ai décrit. Il y a d’ailleurs une étude fascinante des comportements des usagers face à la beauté perçue sur le blog du site Ok Cupid (et l’épiphanie de Nash menant à sa théorie de l’équilibre, dans le film A Beautiful Mind, vaut absolument le détour).

Ajoutons une autre dimension à cette analyse. Le libre-marché, pour fonctionner efficacement, dépend d’une circulation libre et entière de l’information entre les participants. C’est ce qui permet à tout le monde de faire des choix éclairés. Dans un contexte monogame, vous voudrez par contre vous assurer que l’information diffusée vous assurer une rencontre optimale. Si vous avez assez confiance en vous pour être totalement transparent, vous maximisez les chances d’avoir un match qui corresponde à vos affinités. Si par contre vous croyez être sous la moyenne quant à vos diverses qualités, une stratégie plus appropriée serait d’adopter des allures mystérieuses, des demi-vérités, voire ne pas diffuser d’information du tout.

Dans l’optique du polyamour le changement devient encore plus intéressant, car le choix n’a pas besoin d’être unique. Comme le choix ne se fait plus selon un dosage parfait de tous les critères souhaités par une personne, mais selon une attirance qui peut reposer sur un seul, ou une partie, de ces critères, les possibilités de connexions intéressantes sont multipliées par un facteur beaucoup plus élevé que le nombre de partenaires optimal recherché par chaque personne.

La transparence devient ainsi un outil de multiplication des rencontres car, plutôt que d’espérer le match parfait, vous préférerez multiplier les différentes qualités exprimées de façon à rejoindre le plus vaste éventail de partenaires possible.

Cette justification explique pourquoi on passe d’un modèle de rareté des relations à un modèle d’abondance, pourquoi la transparence absolue est une option payante, et pourquoi il est paradoxalement facile de rencontrer, même à l’intérieur de ce qui semble en apparence une communauté réduite.

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Éloge de l’écriture militante

Le billet de cette semaine tombera dans la catégorie « billet d’opinion » et même si plusieurs personnes trouveront le propos peu inventif, il n’en demeure pas moins nécessaire par moments de souligner l’évidence à gros traits.

On m’a déjà fait le commentaire que le ton parfois revendicateur de certains billets ne rejoignait pas une portion du lectorat. C’est une critique qui reflète bien la réalité. La plupart de mes billets se veulent analytique, ou encore pratique, mais par moment il m’arrive aussi de verser dans la revendication.

Ce mélange de tonalité dans mes billets n’est pas près de changer, ceci dit.

La situation des communautés non-privilégiées s’améliore bien trop lentement pour que l’on songe à baisser le ton. Rien n’illustre mieux cette situation que l’actuelle course présidentielle américaine. Un homme incarnant à merveille l’ensemble des privilèges les plus décriés (blanc, hétérosexuel, masculin, né de parents riches, en santé physique, etc.) a poursuit son ascension en dénigrant et méprisant un assortiment de groupes non-priviégiés (noirs, latinos, femmes, soldats blessés, etc.).

Heureusement, les luttes contre la discrimination peuvent et devraient, dans la mesure du possible, converger. Tout en reconnaissant que certains enjeux sont parfois urgent et doivent être reconnus spécifiquement et individuellement, d’autres cas nécessitent l’entraide et la solidarité entre tous. Autant que possible, j’essaie que le discours sur ce blogue en soit un d’allié aux diverses causes et victimes de discrimination.

Alors, loin de cesser la revendication, je vais au contraire vous encourager toutes et tous à vous y mettre aussi. L’écriture, ça ne suffit pas, mais c’est déjà un début. Plus les discours et les actions visant à mettre fin à la discrimination se multiplieront, plus nous en bénéficieront!

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Le mythe de la compétition (et pourquoi il faut s’en débarrasser)

Je me suis présenté dernièrement à un événement social avec deux de mes amoureuses. Si ce type de sortie n’est pas exceptionnel en soi (du moins de mon point de vue), il est peu habituel on en convient pour les autres participants de rencontrer un trio ou toute autre configuration multiple lors de leurs sorties.

Une des questions qui est revenue à cette occasion est celle de l’importance, ou de la hiérarchie, entre les partenaires, et de la compétition entre elles pour garder/maintenir ce niveau d’importance. En fait, il était implicitement pris pour acquis qu’une telle compétition devait exister entre mes amoureuses. Je vais donc commencer par énoncer ce qui m’appert comme une vérité fondamentale et cruciale à la santé et au bien-être de tout polycule, voire de toute relation amoureuse (ou relation tout court, en fait):

La compétition n’a pas sa place dans un polycule sain!

Croire autrement ne peut que mettre en place une dynamique malsaine. J’adopterai une posture plus près de l’anarchie relationnelle pour mes commentaires, mais ça se transpose bien aux autres types de relation.

À la base, tel que discuté à mainte reprise dans les billets, la force, la qualité et les caractéristiques d’une relation doivent être propres aux personnes qui partagent la relation. S’il s’agit d’un couple (ou d’une relation à deux), alors la relation dépend de ces deux personnes. S’il s’agit d’un trio, elle dépend de l’interaction entre ces trois personnes, et ainsi de suite.

Les personnes dans un polycule sont souvent des métamours réunis par une personne pivot. Elles peuvent aussi tisser des liens entre elle, mais pour l’exercice ici j’assumerai que ce n’est pas nécessairement le cas. Dans ces circonstances, la notion de compétition perd un peu de son sens. Être en compétition avec un-e autre implique nécessairement de l’inclure dans vos liens, dans votre relation et par conséquent, la faire dérailler de son sens premier, soit le lien entre vous et l’autre.

À noter donc que vous ne devriez pas vous sentir en compétition avec vos métamours, mais que du même souffle, il est terriblement malsain pour un pivot de mettre ses partenaires en compétition pour son attention. Si c’est le cas, une solide discussion s’impose au minimum afin de comprendre pourquoi les partenaires ressentent cette impression, et dans la mesure où votre partenaire adopte réellement cette stratégie avec son polycule, je ne peux que recommander de mettre fin dans les plus brefs délais à la relation.

Mais comment éviter cette compétition? On se fait concurrence lorsque l’on se trouve dans une situation où les ressources sont rares. Dans une relation monogame typique, vous n’avec qu’un-e partenaire alors on peut comprendre cette inquiétude face à sa disponibilité. Dans le polyamour par contre vous pouvez avoir autant de partenaires que vous êtes éthiquement en mesure de gérer. Aucune compétition nécessaire dans ces circonstances, au contraire, la coopération permet souvent de maximiser le bonheur de toutes les parties!

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