Ses besoins VS les besoins des autres

L’affirmation de soi est devenue la mesure employée pour l’évaluation de la réussite personnelle. La réalisation personnelle – pas uniquement financière ou professionnelle – est donc aujourd’hui un gage de succès. Les enfants sont encouragés à développer leurs rêves, à les réaliser, et autant l’éducation que la publicité renforcent ce modèle en vous inspirant ou vous rappelant insidieusement qu’en tant qu’individu, vous devriez aspirer à un modèle et tenter de le réaliser ou de le surpasser.

La réalisation individuelle n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais notre obsession sur cette dernière occulte une pratique tout aussi, sinon plus important, soit la réalisation communautaire. Présentement la société nord-américaine valorise beaucoup plus le premier au détriment du second. Ainsi, les professions de natures plus sociales, engagées et tournées vers la communauté sont non seulement moins bien rémunérée, mais offrent des conditions de travail beaucoup plus difficile que celles orientées vers la réussite financière; pensez aux infirmiers, enseignants, travailleurs sociaux et intervenants communautaires – des emplois nécessitant parfois des études considérables. On y dégage aussi l’influence pernicieuse du privilège de genre – ce sont des emplois que l’on associe fréquemment au genre « féminin » et qu’on rémunère moins bien tout en les prenant moins au sérieux, malgré leur rôle essentiel.

Dans le modèle traditionnel des relations, il est un peu pris pour acquis que les deux partenaires doivent s’efforcer mutuellement d’exprimer leurs besoins, leurs désirs tout en répondant à ceux des autres. Une relation épanouie, aujourd’hui, est une relation qui maximise la possibilité de réalisation de soi des deux partenaires. Dans une relation à plusieurs cependant d’autres enjeux se posent. Comment réconcilier des visions du monde et des aspirations qui peuvent varier entre amoureux, métamours, polycules différents mais nécessairement interreliés?

Tout comme dans la société en générale, la solution passe par la valorisation du rôle communautaire. Au sein de chaque groupe de personne, il est primordial d’adopter des pratiques et des comportements qui favorisent le succès du groupe en entier et le bien-être de chaque individu dans le groupe. Par exemple, s’assurer discrètement que tous les invités sont confortables lors d’une soirée, lors d’un souper. Pour les événements plus enflammés, il est important de toujours valider le confort et le consentement des invités lorsque les activités se pimentent un peu. La liste d’exemples pourrait s’allonger infiniment selon la variétés des contextes sociaux.

Ces rôles sont non seulement importants mais priment sur la réalisation individuelle. Une personne qui pense d’abord à ses propres désirs dans une soirée risque de froisser ou de heurter d’autres individus, qui passeront une moins belle soirée et dont le ressentiment pourra affecter ce que vivent tous les autres convives. Ça rejoint indirectement ce que Dan Savage appelle le « campsite rule »: dans une relation, le partenaire plus âgé ou expérimenté a une responsabilité de laisser l’autre partenaire en aussi bon ou meilleur état qu’il l’a trouvé. Dans un contexte social, cette responsabilité est partagée entre tous les participants. Donc le plaisir de l’individu doit être subordonné au plaisir collectif, et tout comportement qui favorise le second face au premier doit être souligné, encouragé et reconnu.

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La saturation

Un concept dont on ne parle pas à prime abord lorsqu’on traite du sujet de la non-monogamie éthique est celui de la saturation. Comment fait-on pour reconnaître quand assez, c’est assez? Dans un contexte culturel monogame la réponse est assez claire: une personne, c’est assez – notez que certaines cultures font des exceptions pour les amants et maîtresses « illicites ».

Lorsqu’on brise les codes culturels en vigueur, il faut réapprendre à poser les limites, ce qui n’est pas nécessairement évident. Il faut d’une part accepter que oui, nous avons des limites et ensuite essayer de les définir, ce qui est aussi une tâche complexe.

Par exemple, qu’entendons-nous exactement par saturation? Il serait réducteur de réduire le concept au simple nombre de relations (amoureuses ou pas) qu’une personne peut avoir. J’ai déjà mentionné dans un article précédent ma formule « 6 plus ou moins 2 » pour évaluer le nombre de relations simultanées que je me sens en mesure d’entretenir tout en ayant un apport assez enrichissant pour mes partenaires également. Mais comment savoir quand on est dans le « moins 2 » ou dans le « plus 2 »?

Il faut voir la saturation comme un ensemble des circonstances de vie et planifier une contingence pour les aléas de chaque sphère du quotidien. Travail, études, famille et enfants, loisirs, tous ces domaines occupent une partie significative de notre temps et de notre énergie. Chaque nouveau projet, chaque nouvelle passion entraîne une nouvelle ponction de ces précieuses ressources.

Comme les circonstances de chaque personne sont différentes, il n’y a pas de façon universelle de déterminer la « capacité relationnelle » pour ainsi dire. On peut par contre chercher à identifier des signes clairs qui sonnent l’alarme lorsqu’on se rapproche du point de saturation. Lors de la conférence Amours 2.0 qui a eu lieu il y a trois semaines, j’ai apporté l’élément de réflexion suivant: on peut se considérer saturé lorsqu’il devient impossible de prendre du temps pour soi. Simplement avoir un moment seul à ne rien faire, à ne rien faire de productif, de relationnel, d’imposé. Lorsque nous perdons la liberté de nous réserver à nous-même une case dans notre horaire, il est clair que nous avons atteint un seuil qui met en péril certaines obligations, car il suffit d’un simple imprévu pour tout chambouler votre emploi du temps sans qu’il n’y ait de cas-horaire tampon pour absorber le choc.

Sachant cela, faites passer un test de stress à votre emploi du temps. Imaginez une urgence imprévue dans un domaine quelconque (travail, famille, ou autres tels que mentionnés ci-haut). Comment pourriez-vous réagir? Comment réagiraient vos partenaires? Avez-vous déjà abordé le sujet ensemble? La réponse à ces questions vous aidera à mieux vous connaître ainsi que vos limites, mais permettra aussi de clarifier à l’avance avec vos partenaires vos attentes en terme de gestion du temps et pourra vous aider à communiquer un peu plus efficacement lorsqu’une crise imprévue surviendra.

 

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De l’importance des liens

Dans le Modèle Standard ™ des relations, le lien exclusif entre deux personnes entraîne certaines obligations morales, voire légales lorsqu’elles sont intégrées à un contrat de mariage. Obligation de prendre soin de l’autre, partage de patrimoine, respect du caractère exclusif de l’union, etc, etc. Évidemment, les circonstances de vie peuvent faire que l’un ou l’autre partenaire soit temporairement incapable de remplir certaines obligations. C’est là qu’entre en jeu un des mécanismes les plus pernicieux du Modèle Standard: dans une union entre deux personnes, les familles de ces deux personnes sont également unies. Une union est donc une alliance forcée entre deux communautés. La famille de votre partenaire devient votre « belle-famille » et les relations, comme les titres, se codifient: gendre, bru, beau-père, et ainsi de suite.

L’avantage de ce modèle est que le réseau de soutien et de contact se trouve élargi et qu’en cas de difficulté, il est pris pour acquis que ce réseau élargi viendra à votre secours. L’inconvénient est que le consentement des personnes faisant partie de ce réseau n’est jamais pris en compte. Vous faites partie de la belle-famille que vous le désiriez ou non, avec des obligations sociales et morales à respecter.

La famille en tant qu’institution en Amérique du Nord perd un peu d’importance, alors ces obligations ne pèsent plus aussi lourd qu’autrefois. Cependant, il est important de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. La raison d’être de ses institutions est aussi d’assurer le bien-être et la survie des gens qui y participent.

Le modèle polyamoureux, et encore plus le modèle anarchiste relationnel, remettent complètement en question ces organisations sociales. Par contre, il est important de continuer à construire des liens afin d’assurer que chaque personne continue à faire partie d’un réseau social solide et mobilisé. Ceci est d’autant plus important que les personnes ayant des orientations sexuelles ou relationnelles hors-normes sont parfois stigmatisées et rejetées par leur famille, leurs amis, bref, les réseaux sociaux conventionnels.

Cet état de fait plaide donc en faveur de deux alternatives qui peuvent se substituer aux réseaux conventionnels. D’une part, la création de liens à l’intérieur d’un polycule, entre métamours et entre leurs polycules respectifs, permet aussi l’établissement d’amitiés solides entre personnes qui partagent une même réalité. Lors de moments plus difficiles, tout ce réseau peut se mobiliser pour soutenir un membre en difficulté. Prenons le cas d’une personne qui subit un accident et qui doit passer plusieurs jours, voir semaines, alitées et hors du travail. Bien que le filet de protection sociale et légale l’assure d’un minimum de confort financier, la vie de tous les jours devient alors un défi. Dans ce cas (inspiré d’un cas réel), la personne pourra compter sur l’aide de ses amoureux, qui vont lui tenir compagnie en alternance, aident avec les tâches ménagères, l’épicerie, ainsi de suite. Ses métamours pourront également se mettre de la partie et aller lui tenir compagnie également. Le tout en plus des membres de sa famille qui iront donner un coup de main. La présence de plusieurs amoureux et métamours permet un soutien constant tout en permettant aux aidants de ne pas avoir à mettre leur vie sur pause pendant ce temps en se répartissant l’effort entre eux.

L’autre solution réside dans la création de liens très forts entre les membres d’une même communauté d’intérêt. À titre d’exemple, la communauté polyamoureuse montréalaise est tissée très serrée, et de multiples événements ont lieu chaque semaine qui permettent à plusieurs membres de se regrouper, de se croiser, de connecter selon leur désirs et leurs intérêts respectifs. Plus ces liens sont forts et fréquents, plus les chances que la communauté se mobilise lorsque l’un de ses membres (ou plusieurs) est ou sont en difficulté est élevée. La communauté devient donc un cercle virtueux, en quelque sorte, où la quantité d’événements permettant de créer des liens améliore le bien-être social de ses membres, tout en mettant en place l’une des conditions nécessaire au soutien communautaire.

Ces deux éléments font la force du milieu polyamoureux et anarchiste relationnel. Ce sont aussi à mon avis des éléments qui doivent être encouragés, maintenus et protégés afin d’assurer le bien-être des gens à l’intérieur de toutes les communautés. Sachant que la présence de réseaux d’entraide est l’un des grands déterminants de la santé publique, il peut également s’agir d’un élément positif dans les revendications pour la reconnaissance légale et sociale du polyamour.

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Offre et demande polyamoureuse

On me pose souvent la question de savoir comment on fait pour rencontrer d’autres personnes lorsqu’on vit en solution de non-monogamie (couple ouvert, polyamour, anarchie relationnelle, etc.). En réalité ce n’est pas si complexe que ça dans la mesure où certains des prérequis de base de la rencontre amoureuse changent lorsqu’on a plusieurs relations.

Commençons par modéliser l’offre et la demande de relation monogame, et explorons ensuite les variantes.

En supposant que l’amour est un marché (et ici, le marché dans son expression idéale, soit un lieu d’échanges) où un seul critère est recherché (ce critère pourrait être la grandeur, l’éducation, la richesse, la qualité de la langue française, l’engagement social, mais pour faire ça superficiel, je vais prendre la beauté), ET en supposant que la beauté est un caractère objectif et universellement reconnu (ce qui n’est pas le cas, mais c’est pour la démonstration, là)…

Toutes choses étant égales par ailleurs, les personnes « objectivement belles » recevront beaucoup plus d’offres que le les personnes « objectivement non-belles ». Ceci dit, comme chaque personne ne cherche qu’une seule et unique relation, elles doivent répondre aux offres reçues de façon à sélectionner le meilleur candidat possible. Donc, pour équilibrer l’offre et la demande, les personnes « obectivement belles » répondront à beaucoup moins d’offres et les personnes « objectivement non-belles » devront répondre à beaucoup, beaucoup plus d’offres, voire faire plus de demandes de leur côté.

En d’autre mots, comme la personne « objectivement belle » est pas mal plus populaire, les chances qu’elle sollicite une autre personne sont beaucoup moindres.. Et comme la personne « objectivement non-belle » doit solliciter plus de gens, les chances qu’elle sollicite une autre personne qui ne la trouve pas de son goût sont très élevées. L’essentiel du comportement sur les sites de rencontre n’est donc au final qu’une question d’équilibre des courbes d’offres et de demande.

Dans la réalité, il y a plein de critères qui font qu’une personne se perçoit comme populaire ou désirable, ou non, et les réactions vont changer selon cette perception – pas nécessairement dans le sens que j’ai décrit. Il y a d’ailleurs une étude fascinante des comportements des usagers face à la beauté perçue sur le blog du site Ok Cupid (et l’épiphanie de Nash menant à sa théorie de l’équilibre, dans le film A Beautiful Mind, vaut absolument le détour).

Ajoutons une autre dimension à cette analyse. Le libre-marché, pour fonctionner efficacement, dépend d’une circulation libre et entière de l’information entre les participants. C’est ce qui permet à tout le monde de faire des choix éclairés. Dans un contexte monogame, vous voudrez par contre vous assurer que l’information diffusée vous assurer une rencontre optimale. Si vous avez assez confiance en vous pour être totalement transparent, vous maximisez les chances d’avoir un match qui corresponde à vos affinités. Si par contre vous croyez être sous la moyenne quant à vos diverses qualités, une stratégie plus appropriée serait d’adopter des allures mystérieuses, des demi-vérités, voire ne pas diffuser d’information du tout.

Dans l’optique du polyamour le changement devient encore plus intéressant, car le choix n’a pas besoin d’être unique. Comme le choix ne se fait plus selon un dosage parfait de tous les critères souhaités par une personne, mais selon une attirance qui peut reposer sur un seul, ou une partie, de ces critères, les possibilités de connexions intéressantes sont multipliées par un facteur beaucoup plus élevé que le nombre de partenaires optimal recherché par chaque personne.

La transparence devient ainsi un outil de multiplication des rencontres car, plutôt que d’espérer le match parfait, vous préférerez multiplier les différentes qualités exprimées de façon à rejoindre le plus vaste éventail de partenaires possible.

Cette justification explique pourquoi on passe d’un modèle de rareté des relations à un modèle d’abondance, pourquoi la transparence absolue est une option payante, et pourquoi il est paradoxalement facile de rencontrer, même à l’intérieur de ce qui semble en apparence une communauté réduite.

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Éloge de l’écriture militante

Le billet de cette semaine tombera dans la catégorie « billet d’opinion » et même si plusieurs personnes trouveront le propos peu inventif, il n’en demeure pas moins nécessaire par moments de souligner l’évidence à gros traits.

On m’a déjà fait le commentaire que le ton parfois revendicateur de certains billets ne rejoignait pas une portion du lectorat. C’est une critique qui reflète bien la réalité. La plupart de mes billets se veulent analytique, ou encore pratique, mais par moment il m’arrive aussi de verser dans la revendication.

Ce mélange de tonalité dans mes billets n’est pas près de changer, ceci dit.

La situation des communautés non-privilégiées s’améliore bien trop lentement pour que l’on songe à baisser le ton. Rien n’illustre mieux cette situation que l’actuelle course présidentielle américaine. Un homme incarnant à merveille l’ensemble des privilèges les plus décriés (blanc, hétérosexuel, masculin, né de parents riches, en santé physique, etc.) a poursuit son ascension en dénigrant et méprisant un assortiment de groupes non-priviégiés (noirs, latinos, femmes, soldats blessés, etc.).

Heureusement, les luttes contre la discrimination peuvent et devraient, dans la mesure du possible, converger. Tout en reconnaissant que certains enjeux sont parfois urgent et doivent être reconnus spécifiquement et individuellement, d’autres cas nécessitent l’entraide et la solidarité entre tous. Autant que possible, j’essaie que le discours sur ce blogue en soit un d’allié aux diverses causes et victimes de discrimination.

Alors, loin de cesser la revendication, je vais au contraire vous encourager toutes et tous à vous y mettre aussi. L’écriture, ça ne suffit pas, mais c’est déjà un début. Plus les discours et les actions visant à mettre fin à la discrimination se multiplieront, plus nous en bénéficieront!

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Le mythe de la compétition (et pourquoi il faut s’en débarrasser)

Je me suis présenté dernièrement à un événement social avec deux de mes amoureuses. Si ce type de sortie n’est pas exceptionnel en soi (du moins de mon point de vue), il est peu habituel on en convient pour les autres participants de rencontrer un trio ou toute autre configuration multiple lors de leurs sorties.

Une des questions qui est revenue à cette occasion est celle de l’importance, ou de la hiérarchie, entre les partenaires, et de la compétition entre elles pour garder/maintenir ce niveau d’importance. En fait, il était implicitement pris pour acquis qu’une telle compétition devait exister entre mes amoureuses. Je vais donc commencer par énoncer ce qui m’appert comme une vérité fondamentale et cruciale à la santé et au bien-être de tout polycule, voire de toute relation amoureuse (ou relation tout court, en fait):

La compétition n’a pas sa place dans un polycule sain!

Croire autrement ne peut que mettre en place une dynamique malsaine. J’adopterai une posture plus près de l’anarchie relationnelle pour mes commentaires, mais ça se transpose bien aux autres types de relation.

À la base, tel que discuté à mainte reprise dans les billets, la force, la qualité et les caractéristiques d’une relation doivent être propres aux personnes qui partagent la relation. S’il s’agit d’un couple (ou d’une relation à deux), alors la relation dépend de ces deux personnes. S’il s’agit d’un trio, elle dépend de l’interaction entre ces trois personnes, et ainsi de suite.

Les personnes dans un polycule sont souvent des métamours réunis par une personne pivot. Elles peuvent aussi tisser des liens entre elle, mais pour l’exercice ici j’assumerai que ce n’est pas nécessairement le cas. Dans ces circonstances, la notion de compétition perd un peu de son sens. Être en compétition avec un-e autre implique nécessairement de l’inclure dans vos liens, dans votre relation et par conséquent, la faire dérailler de son sens premier, soit le lien entre vous et l’autre.

À noter donc que vous ne devriez pas vous sentir en compétition avec vos métamours, mais que du même souffle, il est terriblement malsain pour un pivot de mettre ses partenaires en compétition pour son attention. Si c’est le cas, une solide discussion s’impose au minimum afin de comprendre pourquoi les partenaires ressentent cette impression, et dans la mesure où votre partenaire adopte réellement cette stratégie avec son polycule, je ne peux que recommander de mettre fin dans les plus brefs délais à la relation.

Mais comment éviter cette compétition? On se fait concurrence lorsque l’on se trouve dans une situation où les ressources sont rares. Dans une relation monogame typique, vous n’avec qu’un-e partenaire alors on peut comprendre cette inquiétude face à sa disponibilité. Dans le polyamour par contre vous pouvez avoir autant de partenaires que vous êtes éthiquement en mesure de gérer. Aucune compétition nécessaire dans ces circonstances, au contraire, la coopération permet souvent de maximiser le bonheur de toutes les parties!

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Aimer est un geste politique

Hormis une brève période entre la deuxième guerre mondiale et les années 1970, le meilleur indicateur de la richesse future d’une personne est la richesse détenue par ses parents à la naissance. L’essentiel de pouvoir économique occidental est basé sur la transmission du patrimoine aux enfants d’une union reconnue légalement et civilement. Cette tradition a entraîné au fil du temps la codification des relations amoureuses et familiales. Toute une série de constructions sociales pernicieuses en découlent: unions exclusives, contrôle du corps et de la capacité à enfanter des femmes et à cette fin la création du concept de virginité, primogéniture, et toutes leurs dérives légales et religieuses.

Historiquement le développement de la notion de propriété individuelle a mené à la possibilité d’accumuler un patrimoine (pas de propriété = pas de patrimoine) et bientôt, à l’obligation de le faire afin d’assurer des conditions de vie, voire de survie, convenables aux siens. La famille nucléaire, protégée par l’institution du mariage, est devenue une façon pour les mieux nantis de protéger leurs richesses et leurs avoirs et d’en assurer la transmission à l’intérieur d’une classe sociale donnée grâce à la création d’alliance. Pour les moins bien nantis, elle est devenue une obligation, imposée par un cadre social et spirituel qui a eu comme effet pervers d’empêcher toute autre forme d’organisation familiale communautaire permettant aux plus pauvres de s’organiser collectivement contre les riches.

Aujourd’hui les institutions demeurent et leurs effets se font sentir sensiblement de la même façon. La richesse continue de se concentrer entre les mains des rejetons de familles riches, qui s’unissent principalement entre eux. Les mêmes familles unissent les mêmes enfants dans les mêmes quartiers de la métropole, au grand plaisir des médias qui en font de grasses feuilles de chou. Les unions (et avec un certain plaisir pervers, les ruptures) des riches et célèbres fascinent les téléspectateurs. La naissance n’est pas synonyme de compétence, et un hurluberlu à la Donald Trump peut sans difficulté utiliser le levier économique de la richesse paternelle pour tenter de mettre la main sur un pouvoir démesuré. Les moins chanceux forment des unions amoureuses qui sont aussi des unions économiques afin d’améliorer un tant soit peu leurs conditions de vie. Acheter une maison seul aujourd’hui n’est pas envisageable pour une bonne majorité de la population, par exemple.

Le mariage et la famille sont des outils d’oppression.

Se marier est un geste politique. Enfanter est un geste politique. Regardez l’opprobre qui s’abat encore aujourd’hui chez les femmes qui avoue sans vergogne ne pas vouloir d’enfants. On voit dans les yeux d’autrui le rejet de celles qui refusent de se transformer en vulgaires bêtes de reproduction. Aimer est pareillement devenu un geste économique et politique. Une façon de lutter pour faire sa place dans le cadre oligarchique du XXIème siècle.

Aimer différemment est alors un geste politique nécessaire. C’est un geste de refus des impératifs socio-économiques dictés par autrui. L’anarchie relationnelle est un geste de solidarité, de communauté, de lutte et de dénonciation. Une façon de se soustraire aux diktats du capital et un pas vers la mutualisation, qui sait.

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Relations multiples vs Relations à plusieurs

Le propre de l’anarchie relationnelle est de considérer chaque relation comme un ensemble de caractéristiques uniques et de vivre cette relation selon ce que les personnes qui y sont impliquées sont prêtes à consentir. Il est par contre facile d’occulter un élément de la réalité dans ce temps, soit qu’au-delà de caractéristiques plus communes des relations (hétéronormative ou non, amicale ou non, amoureuse ou non, sexuelle ou non, exclusive ou non, etc.) le nombre de personnes impliquées est une caractéristique qui ne doit pas non plus être soumis aux diktats de la société.

Donc, plutôt que de se concentrer uniquement sur un ensemble de dyades et voir l’anarchiste relationnel comme un papillon qui butine de fleur en fleur, il faut plutôt conceptualiser l’anarchiste relationnel comme un élément appartenant à plusieurs ensembles, et conséquemment conscient et attentif aux liens qui existent à l’intérieur de, et entre, chacun de ces ensembles. Par observation et avec un peu de recul sur certaines situations vécues, il y a néanmoins quelques conseils de base qui peuvent être facilement mis en application dans vos propres vies.

  1. La relation entre plusieurs personnes dans un ensemble sera différente des relations entres ces personnes en groupes plus réduit. Ça semble complexe dit comme ça, mais un petit exemple servira à clarifier les autres. Nos quatre personnages se nomment Annie, Bertrand, Charles et Diane (en ordre alphabétique de surcroît).  Parmi ces personnes, Bertrand est en relation amoureuse avec Annie et Diane, et Annie est également en relation amoureuse avec Charles. Annie et Diane se trouvent donc être des « métamours » (via Bertrand, qui est le pivot). Charles et Bertrand sont également « métamours » (via Annie, qui est le pivot ici). Lorsque Bertrand passe une soirée avec ses deux amoureuses, celles-ci, qui se connaissent bien et s’apprécient énormément, ont une dynamique qui est également très romantique mais moins intense à trois que par paires romantiques. De même, lorsque Annie passe une journée avec ses deux amoureux, il règne un climat de complicité et d’amitié, mais qui n’est pas nécessairement romantique. Enfin, les quatre peuvent sortir ensemble en ville dans un esprit de franche camaraderie, et même vivre une certaine tendresse combinée à une intimité sexuelle partagée par les quatre par la suite. Même si certaines personnes se retrouvent dans plusieurs configurations de la relation, chaque ensemble a quand même sa dynamique propre, qui doit grandir, se transformer, être découverte, nourrie et respectée.
  2. Un ensemble n’en remplace pas un autre. Comme on l’a dit précédemment, chaque ensemble de relations est unique et comble des besoins uniques également. On ne peut donc pas répondre au besoin d’un de ces ensembles en l’incluant dans un autre. Par exemple, si une de vos partenaires a besoin de passer du temps spécifiquement avec vous, l’inviter à une soirée en compagnie du reste de votre polycule (que vous soyez trois, quatre ou plus) ne répond pas adéquatement à ce besoin.Toutes les personnes impliquées dans ces relations doivent en être conscient autant en formulant leurs besoins et leurs désirs, qu’en répondant à ceux de leurs partenaires. Dans le doute, demandez des clarifications. En fait, de façon générale, lorsque des relations se chevauchent ainsi, il est bien de préciser le plus possible quelles sont ses attentes en communiquant avec ses partenaires, car il est facile d’interpréter une demande dans le contexte de la mauvaise relation.
  3. Les désirs de l’individu s’effacent devant le consentement des autres et la dynamique du groupe. Autrement dit, si vous réunissez un groupe de personnes avec une idée spécifique en tête, ne vous faites pas trop d’attentes sous risque de courir au désastre. D’une part, ce n’est pas parce que vous avez une belle relation individuelle avec quelques personnes que celles-ci vont aussitôt développer le même lien en se rencontrant. L’inverse est possible et hors de votre contrôle, et il faut vivre avec. Forcer deux de vos partenaires à se côtoyer alors que les atomes crochus ne sont pas au rendez-vous revient à faire fi de leur consentement et de leurs émotions. D’autre part, même si un lien se crée, ça ne veut pas dire que l’idée ou les activités que vous vouliez réaliser vont plaire ou convenir à vos partenaires. Si vous réunissez des gens et que vous êtes le pivot, vous avez plutôt une responsabilité de vous assurer du confort et du bon déroulement de cette rencontre. Choisissez un contexte neutre, non biaisé (i.e. ne poussez pas vos attentes vers vos partenaires), prenez le temps de découvrir le genre de lien, de connexion émotionnelle qui émergera de cette rencontre et explorez-le en toute ouverture.
  4. Pensez à protéger vos droits car personne d’autre ne le fera pour vous. Si vous vous investissez considérablement dans votre relation, et que vous achetez ensemble une maison, un chalet, que vous avez des enfants, etc. il faut savoir que le droit canadien ne reconnait pour l’instant pas les relations multiples. Pensez-donc à faire notarier et officialiser toutes les autorisations relatives à la santé, l’éducation, à la garde des enfants afin d’éviter des imbroglios juridiques potentiellement très coûteux par l’avenir (on pense notamment au droit successoral).

On pourrait se demander, avec toutes ces complexités supplémentaires, pourquoi on se donnerait même la peine d’entrer en relation à plusieurs. La raison est simple: l’expérience relationnelle et émotionnelle que vous vivez est différente selon la quantité de gens qui la partagent. Pas meilleure, ni pire. Elle se situe simplement dans une autre catégorie. Se donner la chance de vivre et d’expérimenter l’amitié, l’amour ou la sexualité en groupe vous donne par conséquent accès à une richesse émotionnelle inimitable autrement. Pour profiter pleinement de cette richesse et éviter les écueils les plus fréquents, le respect, l’ouverture et la communication deviendront vos meilleurs guides.

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La non-monogamie comme stratégie de positionnement dans le marché amoureux

J’aime aborder le sujet de la non-monogamie sous plusieurs angles: psychologie, mathématique, marketing… Alors pour m’amuser un peu – et, je l’espère, pour vous divertir également – je vais traiter du sujet aujourd’hui comme on traiterait des stratégies commerciales.

Commençons par traiter l’amour, et les relations amoureuses plus précisément, comme un marché soumis aux lois de l’offre et de la demande. Chaque personne qui entre dans ce marché a des caractéristiques qui lui confèrent une valeur donnée, et recherche en contrepartie un ensemble de caractéristiques à qui elle accorde aussi une valeur. Ces relations ont un coût d’acquisition, qui se trouve être l’effort qui doit être mis par chaque partenaire pour trouver et séduire la bonne personne et faire fonctionner la relation par la suite.

Dans un modèle où l’information circule parfaitement et librement entre tous les participants du marché, il se produit quelque chose d’intéressant. Plus l’information circule, plus le marché devient homogène afin de faciliter la comparaison. Une norme relationnelle se dégage afin de diminuer les coûts (lire, l’effort) de recherche et de participation au marché: en effet, plus vous correspondez à la norme, plus le coût d’intégration à une relation diminue. Dans cet environnement de plus en plus standardisé, les participants recherchant et offrant le plus de valeur au plus faible coût se retrouvent mutuellement et graduellement, laissant au fur et à mesure que le temps avance seulement des candidats dont la valeur laisse à désirer et ne répond pas aux attentes des autres participants dans le marché.

Autrement dit, passé un certain âge/stade/étape de vie, il semble que tous les bons prospects sont déjà en couple stable. Ne déprimez pas toute de suite cependant si vous êtes toujours célibataires! Heureusement pour vous, l’information ne circule ni parfaitement ni librement, et les attentes tout comme les qualités des gens changent avec le temps. L’espoir n’est donc pas mort!

On peut décrire la stratégie ci-dessus comme une stratégie centrée sur les coûts: dans ce modèle, votre but est de convaincre le partenaire potentiel qu’avec vous, il obtiendra avec un moindre effort un plus beau couple, une plus belle relation, de plus beaux enfants, une plus grosse maison, un plus beau chalet à la campagne, etc, etc, etc. afin que vous puissiez également obtenir tout ceci avec le moins d’effort possible.

À l’opposé de la stratégie basée sur les coûts se situe la stratégie basée sur la différentiation. Cette stratégie vise directement les inefficacités de marché qui ne sont pas comblées par la première stratégie. Par exemple, il se peut que la distribution des besoins dans le marché des partenaires potentiels ne conviennent pas du tout à ce que vous recherchez, et vice-versa, que ce que vous offrez ne correspond pas aux attentes de la majorité des participants dans ce marché. Au lieu de vouloir répondre à tous les besoins de partenaires potentiels, vous vous concentrez alors seulement sur un créneau ou quelques créneaux.

Qui décidera d’adopter cette stratégie? Ce seront les personnes qui trouvent que l’effort nécessaire pour se conformer au Modèle Standard ™ des relations est trop élevée, ainsi que les gens qui réalisent que ce Modèle ne permet pas de répondre adéquatement à leurs besoins. La différentiation ouvre la porte à la non-monogamie en reconnaissant qu’un partenaire peut combler chez vous certains besoins qu’un autre ne pourrait pas, mais que ce deuxième ait à son tour la capacité de répondre à d’autres désirs, etc, etc.

Pour survivre dans ce marché, il vous faut un avantage concurrentiel – idéalement plusieurs – qui saura répondre au besoin d’un segment ou d’une niche de clientèle. Mais cet avantage n’est pas suffisant – il vous faut aussi être en mesure de diffuser et de maintenir cet avantage auprès de ce segment. Donc, la communication constante et appropriée est importante car vous ne pouvez pas vous fier sur une norme établie pour présumer et prendre pour acquis que votre partenaire vous comprendra.

Cette stratégie a cependant des avantages évident. D’une part, elle favorise grandement la rétention de la clientèle. Dans le modèle monogame centré sur les coûts, rien n’empêche une personne d’être larguée si un partenaire plus adéquat se pointe à l’horizon! D’ailleurs, incidemment, une partie du cadre social et légal autour de la monogamie vise justement à créer un ensemble de contraintes qui rendent plus difficile de sortir d’une relation.  Dans un modèle non-monogame efficace, vous devez mutuellement constamment vous adapter à la réalité de votre segment de marché.

Cette stratégie réduit également l’impact de certaines externalités. La transmission des ITS en est un exemple: les gens monogames infidèles sont plus susceptibles d’avoir des comportements à risque que les gens pratiquant une forme éthique de non-monogamie.

À vous maintenant de déterminer ce qui fera votre valeur sur le marché des relations amoureuses: le faible investissement requis pour obtenir une relation standard, ou la différentiation qui vous apportera des avantages uniques mais nécessitant plus de travail!

 

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La communication exponentielle

Il semble parfois assez difficile pour les personnes impliquée dans un couple « traditonnel » de gérer adéquatement leur communication. Pourtant, le processus est en apparence assez simple: il faut tenir compte des besoins des deux parties, de même que des besoins propres à la relation.

La situation se complexifie très rapidement lorsque d’autres partenaires s’ajoutent à la relation. Ainsi, en trio, il faut tenir compte d’un nombre exponentiel de liens. Par exemple, si Mathieu, Pierre et Jeanne sont en trio, il faut tenir compte non seulement de leurs besoins individuels propres, mais aussi des besoins qui émergent:

  1. De la relation entre Mathieu et Pierre
  2. De la relation entre Pierre et Jeanne
  3. De la relation entre Jeanne et Mathieu
  4. De la relation entre Mathieu, Pierre et Jeanne.

Il n’y donc pas qu’une sorte de besoin à considérer, mais 7. Et si par un beau jour Alexa se joint au groupe, alors soudainement 8 combinaisons supplémentaires viennent de se créer. En effet, il faut alors rajouter aux besoins déjà énumérés:

  1. Les besoins d’Alexa
  2. Ceux issus de la relation entre Alexa et Mathieu
  3. Entre Alexa et Pierre
  4. Entre Alexa et Jeanne
  5. Entre Alexa, Mathieu, Pierre et Jeanne
  6. Entre Alexa, Mathieu et Pierre
  7. Entre Alexa, Mathieu et Jeanne,
  8. Entre Alexa, Pierre et Jeanne.

Si une cinquième personne se rajoutait au mix, vous vous retrouveriez avec au total 31 groupes de besoins ou besoins individuels à considérer. En fait, pour ceux qui ont l’esprit plus tourné vers les mathématiques, le nombre total de combinaisons possibles est de (2 exposant n) – 1, ou n représente le nombre de personnes dans la relation.

Autrement dit, une commune de 10 personnes représente 1023 types de besoins relationnels et individuels à prendre en considération.

La particularité de l’anarchie relationnelle ici est de dire que tous ces besoins sont importants, même si toutes les relations ne sont pas amoureuses. Par exemple, pour revenir à un schéma plus simple, dans l’exemple du trio ci-dessus, il est possible que Mathieu ait une relation amoureuse avec Pierre et avec Jeanne, mais que la relation entre Pierre et Jeanne soit de son côté plutôt platonique. Ceci ne change strictement rien au fait que des besoins peuvent émerger de cette relation, qu’ils ont une validité qu’il faut reconnaître, et qu’ils doivent être reconnus par tous les partenaires.

On comprend donc que pour faire fonctionner une relation polyamoureuse, ou une relation dans un contexte d’anarchie relationnelle, il faut avoir l’ouverture de comprendre la dynamique de toutes les relations potentielles entre les personnes impliquées (même indirectement) dans le polycule, dans le polycule des métamours, etc.

On comprendra aussi qu’il est presque humainement impossible de tenir compte de toutes ces éventualités lorsque vous échangez avec quelqu’un d’autre, d’autant plus que des contextes émotionnels chargés ou tendus peuvent faire que nous voyons principalement nos propres besoins et ceux qui nous affectent directement, au détriment du portrait relationnel global.

Il n’y a pas de remède magique à ces situations. Que des outils et des attitudes à adopter qui peuvent vous faciliter la vie. Faire preuve de patience et de compassion est un must. Parfois, tenter de schématiser, de conceptualiser ce qui se passe (quitte à le dessiner) peut aussi nous aider à remettre les choses en perspective.

Si vous avez des trcs et conseils, je vous invite à les partager avec nous en les mentionnant dans les commentaires!

 

 

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