Le droit, la liberté et le plaisir de choisir

Pour les personnes qui adhèrent toujours à un mode de pensée monogame exclusif, le choix d’un-e partenaire romantique a des implications énormes. Il est nécessaire de trouver « le bon » ou « la bonne », avec qui on sera prêt à embarquer dans l’ascenseur relationnel (maison, famille, etc.) pour le reste de sa vie. Comme le mot « exclusif » le sous-entend, il s’agit non seulement de choisir une personne, mais également d’exclure toutes les autres personnes en tant que partenaires éventuel-le-s.

Autrement dit, dans la monogamie, choisir, c’est l’exclusion. Choisir, c’est renoncer.

On ne renonce pas seulement aux autres en tant que partenaires romantiques, mais parfois même à certaines amitiés. La hiérarchisation des relations inhérente au système monogame fait que les amitiés sont vues comme moins importantes, moins privilégiées, subordonnés à la relation romantique principale. Pensez aux nombres d’ami-e-s que vous voyez soudainement moins souvent depuis qu’ils ou elles sont en couple (ou depuis que vous l’êtes!) pour le constater.

Bien que certaines relations non-monogames éthiques requièrent une forme d’exclusivité (on pense aux triades fermées par exemple), ce n’est pas le cas de toutes. Dans une philosophie anarchiste relationnelle, cette exclusivité n’a plus aucune raison d’être en fait, sinon rarement comme un élan temporaire unissant deux ou plusieurs personnes.

Le choix d’un-e partenaire revêt alors une toute autre siginification. Il n’est plus un geste d’exclusion, mais un geste d’inclusion. Il s’agit d’accueillir une nouvelle personne dans le cercle de nos relations, polycules, amis, amours, métamours, etc. C’est un ajout à une vie émotionnelle parfois déjà très riche: non seulement la nôtre, mais celle de toutes les autres personnes avec qui nous sommes en relation également. Au sein d’un polycule ouvert et transparent, chaque nouvelle personne est une richesse pour l’ensemble du polycule.

Vos choix deviennent ainsi un plaisir pour autrui également, et non plus une menace. De même, les choix d’autrui deviennent des opportunités de découverte pour vous. Une fois libéré de la menace de l’exclusion, on découvre l’immense joie qu’il peut y avoir à cultiver plusieurs relations simultanément.

Diffusez-moi!

Éthique des relations

Il y a quelques semaines je présentais à Montréal, lors de l’événement Amours 2.0, une conférence sur l’éthique en relation. Je retranscris ici les grandes lignes de cette présentation, qui a fait l’objet d’échanges forts pertinents avec l’assistance (que je remercie au demeurant).

On utilise souvent l’expression « non-monogamie éthique » pour englober la large famille des relations ouvertes, polyamoureuses, anarchistes, etc. L’expression me hérisse, car elle assigne par défaut un caractère éthique aux relations monogames qui, on en conviendra, ne le sont pas toujours. On utilise aussi parfois « non-monogamie consensuelle », ce qui est encore pire. D’une part la monogamie n’est pas nécessairement inhéremment consensuelle, et l’éthique ne se limite pas au seul consentement. Voilà pourquoi je préfère parler d’éthique des relations ou d’éthique relationnelle. Je crois que les constats présentés plus bas s’appliquent à toutes formes de relation, qu’elle implique (ou non) des aspects amicaux, amoureux, sexuels, exclusifs ou non-exclusifs, etc.

Je conçois d’abord l’éthique comme une réflexion, une recherche constante de sens, plutôt qu’un code de comportements à observer. L’éthique est une quête de cohérence qui sous-tend nos valeurs puis les comportements qui en découlent. Ma réflexion puise dans l’anarchismee dans la mesure où elle tient à éviter une situation où une des parties prenantes à une relation puisse exercer un pouvoir sur les autres sans que celles-ci n’aient leur mot à dire. Afin d’éviter l’émergence de relations de pouvoir indésirées, je fais quatre propositions qui, comme les lois de la robotiques, ne s’appliquent que dans la mesure ou les propositions précédentes sont respectées.

Voici donc en ordre ces quatre propositions:

  1. Le consentement est la condition première d’une relation éthique. En effet, la contrainte et la coercition indiquent un état de domination, et non de relation. Cependant, cette règle en elle-même n’assure pas l’éthique. Que faire en effet des parties prenantes qui ne sont pas à même de consentir?
  2. La protection des plus vulnérables prime sur le reste. La personne la plus vulnérable sera rarement vous-même (ceci dit, ce n’est pas impossible). Les enfants de vos partenaires, vos enfants, vos autres partenaires et métamours sont des parties prenantes importantes. Ainsi, consentir à ce que votre partenaire annonce publiquement votre relation est bien, mais si votre femme n’est pas sortie du placard et que cette annonce peut lui nuire personnellement ou professionnellement, ce n’est pas très éthique. De même, on ne peut pas invoquer cette vulnérabilité pour vous forcer à poser un geste contre votre consentement (ce qui serait de la victimisation outrancière).
  3. Le bien-être de toutes les personnes impliquées est essentiel. Autrement dit, on ne peut jamais faire passer son bien-être avant le consentement de l’autre, ni avant sa protection. Ceci oblige entre autre à divulguer les détails de sa santé sexuelle et à respecter les exigences de protection sexuelle de ses partenaires, peu importe que ça vous rende inconfortable ou pas.
  4. Le respect des ententes s’impose finalement. Encore une fois, le consentement, la protection des plus vulnérables, et le bien-être de tou-te-s passent avant cet élément. Pour moi, les ententes éthiques sont uniquement celles qui viennent renforcer les trois premières propositions, où qui n’en relèvent pas du tout et viennent cimenter d’autres éléments de la relation entre 2 ou plusieurs personnes. Ceci ne signifie pas que vous avez le champs libre pour rompre vos ententes dès que vous anticipez un problème. Le respect des ententes peut passer par la renégociation, la discussion plus approfondie, la mise en contexte, l’exception temporaire, etc. Il apparaîtra souvent qu’une entente, exprimée vaguement, vise en fait à protéger le bien-être ou la vulnérabilité d’autrui, d’où l’importance du dialogue constant.

Ces propositions ne sont sans doute pas parfaites – tel que mentionné en entrée de jeu, il s’agit d’une recherche constante -mais elles m’aident à faire la part des choses au quotidien. Bien entendu, elles soulèvent plusieurs questions et dilemnes potentiels, mais ces sujets seront traités dans un article ultérieur! N’hésitez pas à commenter, rafiner ou critiquer le modèle en commentaires, ou encore à laisser vos propres exemples de dilemnes éthiques afin de voir comment ils seraient traités par ces propositions.

Diffusez-moi!

Masculinité toxique et le « problème » de la bisexualité

Le mouvement « Me Too » a permis de mettre en lumière un élément évident mais souvent passé sous silence des relations en société: le rapport de domination constant exercé par les hommes dans leurs relations interpersonnelles. Le nombre accablant de témoignages a permis de mettre en lumière, encore une fois, à quel point pour certains hommes cette domination est vue comme normale et se manifeste dans tous les aspects de leur quotidien. Les histoires et accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles montrent également que plusieurs n’hésitent pas à profiter de leur position de pouvoir professionnel pour imposer leur domination jusqu’aux sphères normalement plus intimes.

Cette domination et ces agressions s’exercent envers des hommes contre des femmes, mais également contre d’autres hommes, tel que révélé par les accusations contre Kevin Spacey aux États-Unis ou Éric Salvail au Québec. Ceci permet de mettre un peu de lumière sur un des doubles standards les plus répandus dans notre sexualité contemporaine: l’acceptation quasi-universelle de la bisexualité féminine (comme activité, et non comme identité, car on rencontre encore beaucoup de résistance de ce côté) comparativement à la presque totale occultation de la bisexualité masculine.

L’hypothèse va comme suit: au quotidien, les garçons cis grandissent et deviennent hommes dans cette même culture de domination, et intègrent bien malgré eux plusieurs des codes propres à la masculinité toxique. L’un de ces codes est que d’être en relation avec un homme implique potentiellement de se soumettre à son pouvoir. Par extension, un autre est la nécessité pour l’homme de se montrer dominant, fort, leader dans les diverses sphères de sa vie. Difficile alors pour un homme-cis s’identifiant généralement comme hétéro de s’ouvrir à la possibilité d’une relation avec un autre homme, puisque cela reviendrait à reconnaître la possibilité de ne plus être dominant, ou pire, d’être dominé par l’autre, deux possibilités qui viennent directement menacer l’identité construite sur les bases de la masculinité toxique.

À l’opposé, la bisexualité féminine souffre différemment de cet état, et peut devenir soit un lieu de refuge, ou au contraire, une façon de se soumettre à la domination d’un autre homme (on voit trop couramment dans la pornographie mainstream la bisexualité féminine objectifiée et présentée du point de vue de l’homme dominant la scène). Alors que ces deux alternatives encouragent la bisexualité féminine et sa diffusion médiatique, la bisexualité masculine demeure cachée et évitée.

Défaire les rapports de domination et de pouvoir basés sur le genre, en plus de rendre la société moins menaçante quant au harcèlement et aux agressions, pourrait donc avoir le bénéfice inattendu de permettre aux hommes de se réapproprier à leur tour leur bisexualité. Rejeter les vieilles institutions de la masculinité toxique permettrait donc à l’ensemble de la population de pouvoir s’épanouir sainement dans sa sexualité.

Diffusez-moi!

Sommes-nous liés par les contrats des autres?

Un des mécanismes de l’oppression systémique est l’imposition par la société de l’obligation de respecter certaines ententes desquelles nous, en tant qu’individu, ne sommes pas partie et auxquelles nous n’avons pas nécessairement consenti. On parle d’oppression systémique parce qu’elle n’est pas nécessairement dirigée, mais bien la résultante d’une accumulation de comportement ou d’intersection de situation qui empêche d’y échapper. Voici quelques exemples:

  • On prend pour acquis qu’un enfant, né par hasard dans un pays, éduqué, soigné et protégé en conséquence, a conséquemment une obligation envers ce même pays une fois atteint l’âge adulte. Ceci est fallacieux pour 2 raisons: d’une part, l’enfant ne peut consentir à ce contrat légalement et d’autre part, la société à l’obligation de protéger les plus vulnérables (et les enfants sont pas mal parmi les plus vulnérables).
  • On prend pour acquis qu’il est normal, en vieillissant, de se spécialiser dans une profession et de travailler à tout prix, idéalement selon un horaire de 9 à 5 du lundi au vendredi, et que tous nos choix de vie soient par la suite soumis aux possibilités de consommation déterminées par ce choix initial. Ceci est problématique car certaines personnes plus vulnérables n’ont pas la capacité de se spécialiser ou de soutenir cet horaire, certaines spécialisations ne peuvent se vivre dans cet horaire, et que plusieurs relations de pouvoirs socio-économiques viennent discriminer des groupes déjà vulnérables et marginalisés sur le marché du travail.
  • On prend pour acquis que le choix fait par deux personnes d’être en couple exclusif impose des restrictions sur toutes les autres personnes à l’extérieu de leur relation.

Comme c’est un blogue sur l’anarchie relationelle, je vais m’attarder au troisième point (on pourrait faire des volumes entiers sur les deux premiers, ceci dit). Notamment, l’opprobe social qui s’abat sur l’adultère, et ce, non seulement sur les participants en couple, mais sur ceux et celles qui sont à l’extérieur du couple. Ainsi, lorsqu’on apprend que quelqu’un a été « infidèle » ou « a trompé » son partenaire, on juge rapidement non seulement le partenaire fautif, mais aussi la tierce partie avec laquelle (ou lesquelles) cette « faute » a été commise. Il est acceptable, voire encouragé, d’émettre ces jugements. C’est un peu le procédé normatif par laquelle la société impose la monogamie à ses membres.

On peut voir la monogamie comme un contrat, alors il est ridicule de tenter d’y lier des parties non-consentantes. On peut aussi voir la monogamie comme une croyance, ou une culture. Mais dans ces circonstances également, on ne peut brimer la liberté de pensée des autres en leur imposant nos valeurs. Rien ne justifie ni n’excuse de blâmer une tierce partie selon ces arguments.

De plus, ces jugements tendent à renforcer des relations de pouvoir traditionnelles. On blâme ainsi plus sévérement les femmes que les hommes par exemple. Ces jugements préfabriqués nous empêchent de jeter un oeil sur le seul mécanisme d’évaluation éthique qui pourrait être approprié dans les circonstances (et encore, si et seulement si ça vous concerne, ce qui généralement ne sera pas le cas): la protection des plus vulnérables.

On ne connaît jamais les circonstances qui ont, d’abord, incité une personne à accepter un contrat d’exclusivité et par la suite à rompre ce contrat. Il est possible que cette entente lui ait permis d’échapper à une autre forme d’oppression (économique ou sociale), oppression qui serait vécue à nouveau si la personne rompt le contrat. On pourrait arguer que certains contrats ne sont pas réellement librement consentis dans ces circonstances. Il est possible que la relation comprenne des éléments d’abus et que la rupture périodique et secrète du contrat soit une façon de compenser, un mécanisme de survie par exemple. Une personne peut vivre dans un état de détresse émotionnelle et l’infidélité devient alors un symptôme (et parfois, un premier pas vers une piste de guérison), auquel cas il est bien difficile de blâmer qui que ce soit dans cette histoire.

À moins que le geste ne soit un geste explicite de cruauté visant à blesser l’autre partie impliquée au contrat, ou qu’une relation de pouvoir malsaine vienne contraindre une des personnes impliquées, je ne vois rien de répréhensif dans le fait d’être en relation avec une personne qui a déjà une entente d’exclusivité dans la mesure où ces personnes donnent un consentement libre et éclairé. Dans un monde idéal, la non-monogamie éthique et consensuelle serait partagée par un plus grand nombre de personnes et ces enjeux d’opression ou de détresse pourraient être discutés et négociés librement entre les parties du contrat d’exclusivité. On ne vit pas dans un monde idéal, par contre, et il revient donc à chacun de voir avec quelles situations relationelles ils, elles  ou eux sont confortables, et à appliquer ces préférences à leur propre personne tout en laissant les autres libres de leurs propres décisions.

À noter que cette réflexion vaut aussi pour les ententes faites à l’intérieur de relations non-monogames éthiques et consensuelles. Le respect des termes de l’entente est une responsabilité qui repose sur les partenaires impliquées dans celle-ci, et ne peut être reporté sur la communauté en général. L’existence d’un contrat ou d’une entente n’est pas en soi un motif acceptable ni suffisant de dénigrer ou juger les gens à l’extérieur de cette entente.

 

Diffusez-moi!

Amour à plusieurs, sexe à plusieurs

La délicate question des relations amoureuses et sexuelles à plusieur-e-s participant-e-s peut créer des remous ou des inconforts dans les communautés non-monogames. Cette pratique existe à l’intersection de deux communautés qui ont parfois des préjugés ou des réactions très virulentes contre celle-ci, pour des raisons tout à fait distinctes. Pourtant, il s’agit d’un univers riche en émotion, en sens et en expérience qui devrait être abordé plus souvent dans le discours public.

D’un côté, la communauté « swinger », échangiste ou libertine explore depuis longtemps les configurations sexuelles à plusieurs (i.e. plus que deux) partenaires. Il y a souvent (pas tout le temps, par contre) un gros biais contre la dimension affective dans ces échanges. Le couple domine, et le privilège de couple ne tolère pas vraiment bien que des sentiments amoureux durables naissent entre les participants qui ne sont pas un couple. De plus, si la bisexualité féminine y est encouragée, on ne peut pas en dire autant de la bisexualité masculine, peu présente voire carrément proscrite.

De l’autre côté, la communauté polyamoureuse tente vigoureusement de se défaire de l’étiquette comme de quoi le polyamour, ce n’est « qu’une question de sexe, au fond » et veut remettre de l’avant le lien privilégié, affectif, amoureux entre les partenaires multiples. De part et d’autres on se retrouve donc à hiérarchiser l’importance des liens dans le discours: le sexuel prédominant dans les relations hors-couple pour les swinger, et l’affectif prédominant sur le sexuel chez les polyamoureux.

Ces positions sont évidemment des extrêmes. Pourtant, ces univers se croisent régulièrement et on retrouve un bon nombre de personnes qui aiment et apprécient les rencontres qui sont à la fois sexuelles et affectives entre plusieurs partenaires simultanément. L’absence de discours à ce sujet est triste, car elle laisse sans identification plusieurs expériences et émotions qui ne se vivent que dans ce genre de relation, et qui gagneraient à être connues davantage.

D’abord, nous sommes habitué-e-s à la charge émotionnelle qui accompagne la sexualité à deux. Ce qu’on n’explique pas, c’est que cette même charge émotionnelle est présente, mais de façon différente et unique, avec chaque configuration de partenaire. C’est-à-dire qu’il y a une intensité d’émotion différentes à trois partenaires qu’à deux, et différente encore à 4 partenaires, et ainsi de suite, suivant le nombre de participants et la capacité qu’on ses derniers de créer des liens entre eux. Plusieurs personnes, par défaut, ont appris à associer cette charge émotionnelle à l’amour porté à leur partenaire. Pour ces personnes, il peut être très déstabilisant de soudainement vivre une intensité de sentiment similaire, mais envers des amis ou même de purs inconnus. À la limite ceci peut interrompre l’expérience, et j’ai déjà vu des participants bouleversés fondre en larmes sous le choc. Tout ça, parce qu’on n’a pas la capacité, les termes, ni l’espace discursif pour informer les gens sur la réalité du sexe en groupe.

D’autre part, on sous-estime justement la nécessité de créer un espace émotionnel partagé afin de faciliter la création de ces liens. Lors d’une rencontre à deux, cet espace existe déjà, souvent dans les rites de séduction qui précèdent la sexualité. Parfois, à trois ou à quatre, si l’expérience est spontanée, l’espace est également présent. S’il y a plus de partenaires, on doit s’assurer que tout le monde rejoint une certaine zone de confort avant de progresser dans des pratiques ouvertement sexuelles. Certains événements privés ont des petits ateliers au préalables qui permettent justement aux participants de se familiariser les uns avec les autres, d’apprivoiser le toucher ou la simple présence de corps inconnus, et de pratiquer le consentement. À l’opposé, certains clubs échangistes n’offrent pas cette possibilité, et une critique qu’on leur porte souvent est que ce n’est pas tant de l’échangisme qu’une multitude de petites unités de 2, 3 ou 4 personnes qui font leurs activités séparément, mais tous dans un même endroit.

Ces émotions vécues sur le coup sont toutes uniques, ne se vivent que dans ce contexte précis, mais n’ont pas de nom, donc peuvent difficilement être partagées aux autres, être revendiquées, être expliquées. Les émotions vécues après-coup sont également tout aussi fortes et uniques. Lors d’une première expérience à neuf participant-e-s, tous et toutes sans exception le lendemain partageaient le même état de stupéfaction heureuse, les sens un peu engourdi et le cerveau dans la brûme, tout le monde communiquant frénétiquement sa joie avec les autres, chacun chez soi pour retrouver aussi ses repères. J’ai revécu cet état à quelques reprises sans pouvoir le nommer. Tout aussi fréquent est le spleen qui suit l’activité, souvent 24h ou 48h, comme si cette charge émotionnelle, cette gestion de tant de lien se faisait soudain sentir et qu’un immense besoin de repos nous envahissait alors.

Évacuer ces réalités des discours dominants, que ce soit chez les swingers ou chez les polyamoureux, a comme effet pervers de laisser les participants sans préparation face à la réalité des expériences qui les attendent. Ce faisant, on nie une partie de l’expérience, parfois même une partie de l’identité, et on ne se donne pas les outils nécessaires pour savourer toute la richesse de la palette émotionnelle offerte par la non-monogamie éthique et consensuelle.

Diffusez-moi!

De l’inclusivité dans les événements non-monogames éthiques

Alors que les communautés non-monogames (libertines, polyamoureuses, anarchistes relationnelles et autres) se développent et s’affichent de plus en plus, la question de l’inclusion des nouveaux membres devient de plus en plus pressante. Une embûche inévitable est la contradiction entre le besoin pour certains membres polyamoureux de vouloir s’afficher ouvertement, publiquement et sensibiliser les autres à cette réalité, d’une part, mais le besoin pour d’autres d’avoir un milieu sécuritaire et anonyme au sein duquel ils trouvent conseils, soutien et réconfort.

Selon un argumentaire idéaliste, le polyamour devrait être acceptable socialement et légalement, donc on doit se comporter comme s’il l’était déjà. C’est notre droit et faire autrement reviendrait à nous opprimer nous-mêmes. Ce n’est pas faux, dans un monde idéal. .

De façon plus pragmatique, notre société est un enchevêtrement de relations de pouvoir. La base de notre système légal (et certains diraient, moral) repose au Canada, de par la Charte, sur la protection des plus vulnérables afin de protéger leur intégrité, leur bien-être et leurs droits. La société canadienne reconnait explicitement que certaines personnes sont vulnérables et d’autres privilégiées, et permet, voire encourage la discrimination positive afin de corriger l’oppression systémique envers certains groupes.

Au sein de la communauté polyamoureuse, les mêmes types de relations s’observent, et celles-ci sont complexifiées par le fait que les membres de la communauté polyamoureuse intéragissent individuellement avec des membres hors de la société polyamoureuse qui ont des valeurs, des préjugés, et des pouvoirs différents des leurs. Pour certaines personnes, le placard n’est pas un choix, mais une nécessité vitale. Sortir du placard en ce moment pourrait les exposer à la perte d’un soutien social, économique, culturel, émotionnel, etc. qui augmenterait davantage leur vulnérabilité.

En tant que communauté, nous avons la responsabilité de prendre soin des personnes les plus vulnérables parmi nous, y compris celle qui ne peuvent compter sur un réseau de soutien à l’extérieur du groupe sur les questions relationelles et amoureuses. Certains d’entre nous (c’est mon cas) ont le privilège (je mets l’emphase sur ce mot) de pouvoir être out sans répercussions négatives. Certains d’entre nous n’ont pas cette chance.

Certains d’entre nous ont également le privilège du sexe masculin, de ne pas être atteint d’un handicap physique, de ne pas être une personne racisée, d’être neurotypique, etc, etc. et nous reconnaissons que ceux qui n’ont pas ces privilèges peuvent voir leurs difficultés sociales considérablement augmentées (c’est le propre de la pensée intersectionnelle).

C’est un peu le même principe ici. Certaines personnes ne peuvent tout simplement pas risquer d’être « outée » à leurs enfants (ou à qui que ce soit), mais en ont la garde permanente, et on un réel besoin du réseau de soutien que les communautés et les événements procurent. Il peut parfois être nécessaire de garder certains comportements plus discrets lors d’événements. Ces contraintes – bien expliquées et légitimées à l’ensemble des participants –  envoient un signal à ces membres de ces communautés: nous valorisons leur présence, leur rôle, et nous sommes prêts à collectivement faire un effort pour les intégrer parmi nous et leur venir en aide. Rejeter ce type d’événement revient à ostraciser un groupe de personnes déjà vulnérables parmi ces communautés.

Dans tout groupe, le fardeau de l’ajustement doit être sur les personnes les plus privilégiées, de façon à minimiser les obstacles aux plus vulnérables. Dire autrement serait de rester aveugle devant son propre privilège. Un peu comme ceux qui crient « All Lives Matter » ou encore les « Meninist » (pour faire une illustration à l’extrême du concept).

La variété d’événements organisés par les différentes communautés non-monogames permet heureusement à tous les membres de ces communautés de pouvoir participer à quelques événements sans avoir à vivre de contrainte, et à quelques autres en acceptant les contraintes pour le bien des plus vulnérables (ou encore, en choisissant de ne pas y participer, si cette contrainte est trop lourde à supporter pour une personne vraiment idéaliste).

Diffusez-moi!

Le pouvoir et la liberté

La question du pouvoir hante nécessairement l’anarchisme, et par extension l’anarchisme relationnel. Machiavel a déjà dit presque tout ce qu’il y a à savoir sur le pouvoir: ceux qui n’en ont pas tente de l’acquérir par tous les moyens possibles, et ceux qui en ont tentent de le conserver, voir de l’accroître. Machiavel rêvait du Prince, du monarque absolu à même de réunifier l’Italie. De l’autre côté du spectre, on retrouve, dans les mots de Normand Baillargeon, « l’ordre moins le pouvoir », l’autogestion anarchiste et libertaire.

La question de la liberté quant à elle rejoint à peu près tout le monde, et à peu près tout le monde a son mot à dire sur le sujet, surtout lorsque la questions des entraves à la liberté est soulevée. Après tout, la liberté est la capacité d’agir, de faire ce que l’on désire. Mais en société, cette liberté est balisée par la liberté que les autres ont de faire ce que bon leur semble également.

Dans une relation, ou un polycule, ou un groupe d’amis, il est relativement facile d’atteindre cet équilibre si on a la capacité d’exprimer nos besoins, nos limites, et l’empathie nécessaire au respect d’autrui. Comme la rétroaction est fréquente et immédiate, le groupe s’ajuste rapidement, la relation se redresse et demeure en équilibre. La situation se corse lorsque toute une population est concernée. Les frontières entre les libertés sont particulièrement subjectives et difficiles à définir, et une bonne partie du rôle des instruments et institutions de pouvoir consiste à appliquer la force et la dissuasion nécessaire au respect de ces balises.

On peut parfaitement questionner la nécessité de certaines de ces balises et surtout, remettre en question la liberté qu’elles sont sensées protégées. Beaucoup des balises encadrant le droit à la propriété privée visent surtout à maintenir, voir propager des inégalités économiques. Idem pour plusieurs institutions sociales, dont l’éducation et le mariage. Pratiquement toutes ces balises visent à nous faire accepter qu’il est acceptable qu’un « contrat social » nous lie arbitrairement dès notre naissance à un lieu géographique et à un ensemble d’obligations propres à ce lieu, et ce, sans que l’on soit même légalement en âge de consentir au contrat en question.

Certaines de ces balises sont bénéfiques. Les normes qui empêchent la discrimination, qui lient l’état, qui font des contraintes à l’usage de la force sont aussi essentielles. Les règles de santé publiques empêchent des groupes d’illuminés de ne pas vacciner leurs enfants et préviennent ainsi la propagation de maladies dangeureuses (on peut facilement imaginer l’hécatombe si ces groupes avaient la capacité de s’autogérer – sinon allez relire quelques romans d’époque). On voit en fait que l’autogestion est également une forme de pouvoir, et ce pouvoir peut avoir une incidence non négligeable sur le bien-être d’autrui à l’extérieur de la collectivité autogérée. Peu importe ce qu’on fait, on n’échappe jamais vraiment à la question du pouvoir.

Réconcilier Machiavel et pensée anarchiste permettrait d’arriver à un équilibre entre les deux. Une bonne façon d’atteindre cet équilibre passe par les nécessaires contre-pouvoirs. En économie, le syndicat est un contre-pouvoir au capital. En démocratie, le législatif, l’exécutif et le judiciaire demeurent séparés pour cette raison. Mais ce n’est pas suffisant, et l’absence de législation sur certains contrepouvoirs (presse, lobby, capital) peut biaiser les règles du jeux. L’absence de représentation de groupes historiquement opprimés les empêche d’atteindre la liberté. De plus, n’importe quel individu ou groupe atteignant un point suffisant de concentration du pouvoir tentera alors d’altérer les institutions existantes à son avantage, ou les supprimera afin d’en créer de nouvelles, plus bénéfiques (pensez à l’assault de Stephen Harper sur les institutions scientifiques par exemple). Il y a donc un risque constant à opérer avec la distribution actuelle des pouvoirs et contrepouvoirs.

La solution passerait par l’augmentation radicale du nombre et de la force des contrepouvoirs et surtout, une intervention publique continue afin de s’assurer du bon fonctionnement de ces derniers. Ceci implique par contre un minimum de centralisation, donc on n’évacue jamais le pouvoir central au profit de l’autogestion. Il faut le garder solidement sous contrôle afin d’éviter de se retrouver dans la même situation que Kropotkine et Lénine, mais il est au final un mal nécessaire.

Mais au final, quel est l’impact de tout cela sur les relations amoureuses? Les relations n’ont pas échappé au contrôle institutionnel des derniers siècles (voire millénaires) et il est encore impossible dans plusieurs régions du monde d’aimer librement, que ce soit en raison de son orientation sexuelle, de son identité sexuelle, ou de ses préférences relationnelles, notamment quant au nombre de partenaires désirés. Or les institutions discriminantes sont intimement reliées avec les autres formes de pouvoir, d’institutions et de contraintes de nos sociétés (le mariage, par exemple, n’est pas qu’un contrat amoureux, c’est un contrat économique et civil). La lutte contre l’une d’entre elle n’a pas le choix de se faire en convergence avec les autres formes de lutte.

L’anarchisme relationnel n’a pas le choix d’être intersectionnel. On ne peut pas être libre d’aimer sans lutter.

 

Diffusez-moi!

Le jardin

À chaque semaine mon jardin m’offre une nouvelle offrande. Les premiers bourgeons apparaissent. Les tulipes se pointent le nez en début de saison. Une éruption de délicates fleurs s’ensuit dans mon poirier. Accompagnées des rhododendrons, les premières roses apparaissent, roses, blanches – si éphémères celle-là, et rouge. Les hémérocalles et les hostas, les éclats d’or des spirées. Je ne suis pas triste lorsque les pétales de rose jonchent le sol car je sais que peu après les baies, fraises, bleuets et framboises, puis mes poires viendront à maturité.

Ce lent ballet m’apporte beaucoup de satisfaction. J’aime sortir et le contempler, savoir qu’il est différent de la semaine passée, qu’il changera encore la semaine prochaine. Je l’ai après tout construit, semé, planté. J’en suis fier.

Je l’aime même s’il ne m’appartient pas. Oh, bien sûr je suis nominalement propriétaire de la maison et du terrain (on reparlera plus tard de la contradiction entre anarchisme et propriété privée), mais je ne possède pas la vie propre à ces plantes. Je les entretiens, mais elles foissonnent comme elles le veulent, elles me donnent les fruits comme bon leur semble. Je ne suis pas possessif ni jaloux de ce jardin – quand je pense à lui, au contraire, c’est avec une profonde gratitude.

Si demain, je devais avoir à déménager, à quitter cet endroit, si une opportunité se présentait, je le ferais sans aucune hésitation. À deux reprise j’en suis d’ailleurs passé très près, et je l’aurais fait en sachant pertinemment que ce jardin resterait derrière moi. Je laisserais alors (j’ose l’espérer) au futur occupant un lieu paisible et agréable, et ça me réjouit de savoir que cette personne en tirerait également plaisir. Il ne m’appartient pas, je n’en suis que temporairement le bénéficiaire.

Pourtant j’ai mis l’effort nécessaire à sa création; je l’entretiens régulièrement, enlevant les branches mortes, les tiges desséchées, le débarrassant de ses mauvaises herbes, contenant l’expansion des framboisiers. Tout ça en sachant fort bien que ce jardin n’est pas pérenne. La satisfaction du geste sur le moment suffit. J’aime mon jardin en en prenant soin. Je pourrais sans doute mieux faire, et le gazon atteint parfois des hauteurs vertigineuses, quelques pissenlits ont la vie bien trop facile, mais bon, je suis un peu paresseux, et on ne doit pas diminuer la valeur de mon amour pour le jardin pour autant.

Mes relations sont un peu comme ce jardin, même si la métaphore a ses limites. Je les vis passionément dans le moment présent. J’en suis fier. J’adore les voir changer de semaine en semaine, croître et fleurir, j’aime pouvoir porter mon attention d’une à l’autre sachant qu’elles ne sont jamais vraiment hors de mon champs de vision. J’aime m’en occuper, sachant que c’est ce soin qui fera qu’elles dureront, tout en acceptant pertinemment qu’elles ne dureront sans doute pas éternellement non plus, sachant que d’autres ont le plaisir également de goûter à la joie d’être avec mes partenaires, et espérant que tout cet amour ne fait que rehausser celui qui est vécu avec autrui.

Sans savoir ce que la vie nous réserve, il se pourrait que je sois appelé ailleurs, ou bien (limite de la métaphore) que ce soit mes partenaires qui prennent un autre chemin. Il m’arrive parfois d’être sinon négligent, du moins un peu distrait, de laisser la nature reprendre un peu plus de terrain avant encore une fois de me rappeler la nécessité de l’entretien. Ce que je fais toujours en savourant le moment présent.

J’aime, mais je ne veux pas posséder. Je ne veux pas figer cet amour dans le temps. Je veux être libre de vivre ce sentiment partagé dans tout ce qu’il a d’immédiat. Sortir dans mon jardin quand il me plait, le temps qu’il me plaira.

Diffusez-moi!

Conceptions du temps en (poly)amour

Notre société a plusieurs métaphores face au temps – ces métaphores en révèlent long sur nos priorités collectives. La plus commune est de voir le temps comme une ressource, une ressource limitée et rapidement épuisable, en forte demande, et ayant par conséquent une valeur. D’ailleurs, c’est ainsi qu’on rémunère votre temps, mais c’est aussi la base de plusieurs clichés « pop-philosophiques » du genre « Imaginez que vous débutiez chaque journée avec 86 400$ en banque mais qu’ils disparaissent à la fin de la journée ».

Comme le temps est une ressource que nous mesurons, que nous quantifions, ça nous permet de mettre des jalons à des quantités prédéterminées (que nous appelons des dates) et conséquemment de fixer des objectifs pour ces jalons. On veut être millionnaire à 40 ans, on veut prendre sa retraite à 55-60-65 ans, on veut finir d’acheter nos cadeaux de Noël pour le 23 décembre. Les relations n’y échappent pas: on veut être en couple à 25 ans, acheter une maison à 30 ans et avoir des enfants dans l’année qui suit, par exemple.

Ce n’est pas faux. Le temps peut effectivement être vu comme une ressource que l’on peut mettre à profit. On utilise le temps donné pour travailler sur une relation, atteindre des buts, progresser dans sa carrière. Cette métaphore sous-tend l’ascenseur relationnel. Mais ce n’est pas la seule métaphore qui tienne, au contraire. Il y en a au moins deux autres qui sont particulièrement appropriées pour les polyamoureux.

Tout d’abord, je suggère de voir le temps comme un espace que l’on occupe (ou pas). Les polyamoureux qui ont de la misère à jongler les rencontres dans leur agenda hyper-chargé comprendront instantanément ce que je veux dire. Au lieu de voir les jalons temporels comme des cibles ou des marqueurs, on peut les voir comme des frontières qui définissent un espace, espace qui sera consacré à une activité précise: passer une soirée avec son amoureux-se. Rencontrer des amis. Étudier. Ne rien faire (parfois, il faut délimiter un espace juste pour ça).

Si, dans la première métaphore, l’humain est en mouvement dans le temps (qui lui aussi est en mouvement) et cherche à atteindre un objectif donné, dans la seconde, il peut être immobile. Il occupe un espace de temps qui est d’ailleurs aussi immobile. L’important n’est plus nécessairement d’atteindre un objectif, l’objectif étant d’avoir immobilisé le temps pour vivre une activité précise.

Mais il rester une autre possibilité à explorer, soit que l’être humain demeure immobile, mais que le temps se déplace autour de lui. Autrement dit, au lieu de nous voir nous-mêmes motivés par un but, par un objectif, et agir en conséquence (une vision téléologique de l’existence et des relations) on peut aussi s’imaginer comme existant tout simplement dans le moment présent, nous adaptant aux circonstances, rencontres et partenaires qui nous sont présentés par les flots incessant du temps. Dans cette métaphore, le temps est un peu comme une rivière (« la vie est un long fleuve tranquille ») et le polyamoureux, un pêcheur au bord de la rivière qui savoure la journée et, occasionnellement, la prise que la vie laisse dans ses filets mais qu’inévitablement elle reprendra avec elle dans son cours. Autrement dit, un certain détachement face au futur permet l’appréciation plus complète du moment.

Toutes ces conceptions du temps sont valides et enrichissantes dans la mesure où nous sommes conscients de leur existence, bien sûr, mais aussi de leurs limites et de leur portée. Certains des stress vécus en relation (pas tous, loin de là) peuvent être ré-examinés à la lumière de la conception du temps. Sommes-nous trop en train de nous projeter dans le futur et pas assez en train d’essayer d’occuper le moment présent? Essayons-nous de contrôler le temps qui passe plutôt que d’en profiter? Nous voyons nous seuls dans le temps, ou en communauté? Et surtout, d’un point de vue éthique, l’ensemble de vos partenaires et vous êtes vous en phase sur vos conceptions du temps, et la façon dont vos relations évoluent à travers celui-ci?

La prochaine fois que vous sentirez que vous ne profitez pas pleinement d’un moment, posez-vous la question, et faites l’exercice de changer de métaphore. La nouvelle perspective pourrait s’avérer plus intéressante!

 

Diffusez-moi!

Relations multiples, deuils multiples?

Les ruptures et les deuils font inévitablement partie des relations amoureuses,  peu importe la durée de vie de celles-ci.  En multipliant les relations amoureuses,  ne risque-t-on pas de multiplier également les peines d’amour? Le polyamour est-il condamné à vivre un deuil perpétuel? Bien sûr que non. Mais si on examinait un peu plus pourquoi?

Il faut d’abord réfléchir à la nature du deuil. Celui-ci passe par une série d’étapes qui sont déjà bien connues: le choc,  le déni,  la colère,  la tristesse et l’acceptation. Cette succession d’étapes révèle la nature du deuil: il s’agit d’un processus. Comme tout processus, il démarre lorsque des conditions de départ sont réunies et prend fin lorsqu’un extrant final est livré.  Pour mieux appréhender le deuil il faut donc savoir quel est le résultat de ce processus. 

Je posite ici que le processus du deuil vise avant tout à créer du sens. Le choc au début du deuil perturbe le sens que l’on donnait initialement à une réalité. Pour réaligner notre vision du monde, les terribles soubresauts que l’on connaît (tristesse, colère) doive briser le déni et nos visions préexistantes du monde afin de permettre à une vision nouvelle d’émerger.  Cette vision n’est pas toujours adéquate.  C’est pour ça que le deuil n’est pas un processus linéaire.  La vision se forge,  se désagrège et se regorge à nouveau, entraînant nos émotions dans une spirale déboussolante. 

Dans une relation monogame,  plusieurs sens sont entremêlés: souvent, des objectifs de vie familiale, financière et émotionnelle se combinent. Le deuil peut devenir très ardu. Dans un contexte polyamoureux, ce n’est pas nécessairement le cas. La composante émotionnelle est généralement présente,  mais les autres varient selon les relations. Paradoxalement,  cela rend le sens de chaque relation beaucoup plus facile à percevoir. Fréquenter plusieurs personnes simultanément nous force en quelque sorte à découvrir ce qui est propre à chaque relation. Une des difficultés initiales du deuil monogame est que le sens de départ n’est pas toujours clair. Pour les polyamoureux cette recherche constante de sens est donc bénéfique.  

Ce n’est pas toujours le cas. On a tous entendus parle de polyamoureux pour qui la fin d’une relation à déclenché une spirale tragique menant à la fin des autres relations également.  J’avancerais ici que c’est un cas où la recherche de sens à du être menée après le choc initial, menant à plusieurs chambardement au gré du processus de deuil. 

Pour atténuer le deuil  (car celui-ci est tout de même inévitable) soyez donc en perpétuelle découverte de sens. Explorez avec vos partenaires ce qui définit vos relations. Apprenez à identifier ce qui les distingue. Et savourez-les dans le moment présent,  plutôt que dans l’avenir. 

Diffusez-moi!