Offre et demande polyamoureuse

On me pose souvent la question de savoir comment on fait pour rencontrer d’autres personnes lorsqu’on vit en solution de non-monogamie (couple ouvert, polyamour, anarchie relationnelle, etc.). En réalité ce n’est pas si complexe que ça dans la mesure où certains des prérequis de base de la rencontre amoureuse changent lorsqu’on a plusieurs relations.

Commençons par modéliser l’offre et la demande de relation monogame, et explorons ensuite les variantes.

En supposant que l’amour est un marché (et ici, le marché dans son expression idéale, soit un lieu d’échanges) où un seul critère est recherché (ce critère pourrait être la grandeur, l’éducation, la richesse, la qualité de la langue française, l’engagement social, mais pour faire ça superficiel, je vais prendre la beauté), ET en supposant que la beauté est un caractère objectif et universellement reconnu (ce qui n’est pas le cas, mais c’est pour la démonstration, là)…

Toutes choses étant égales par ailleurs, les personnes « objectivement belles » recevront beaucoup plus d’offres que le les personnes « objectivement non-belles ». Ceci dit, comme chaque personne ne cherche qu’une seule et unique relation, elles doivent répondre aux offres reçues de façon à sélectionner le meilleur candidat possible. Donc, pour équilibrer l’offre et la demande, les personnes « obectivement belles » répondront à beaucoup moins d’offres et les personnes « objectivement non-belles » devront répondre à beaucoup, beaucoup plus d’offres, voire faire plus de demandes de leur côté.

En d’autre mots, comme la personne « objectivement belle » est pas mal plus populaire, les chances qu’elle sollicite une autre personne sont beaucoup moindres.. Et comme la personne « objectivement non-belle » doit solliciter plus de gens, les chances qu’elle sollicite une autre personne qui ne la trouve pas de son goût sont très élevées. L’essentiel du comportement sur les sites de rencontre n’est donc au final qu’une question d’équilibre des courbes d’offres et de demande.

Dans la réalité, il y a plein de critères qui font qu’une personne se perçoit comme populaire ou désirable, ou non, et les réactions vont changer selon cette perception – pas nécessairement dans le sens que j’ai décrit. Il y a d’ailleurs une étude fascinante des comportements des usagers face à la beauté perçue sur le blog du site Ok Cupid (et l’épiphanie de Nash menant à sa théorie de l’équilibre, dans le film A Beautiful Mind, vaut absolument le détour).

Ajoutons une autre dimension à cette analyse. Le libre-marché, pour fonctionner efficacement, dépend d’une circulation libre et entière de l’information entre les participants. C’est ce qui permet à tout le monde de faire des choix éclairés. Dans un contexte monogame, vous voudrez par contre vous assurer que l’information diffusée vous assurer une rencontre optimale. Si vous avez assez confiance en vous pour être totalement transparent, vous maximisez les chances d’avoir un match qui corresponde à vos affinités. Si par contre vous croyez être sous la moyenne quant à vos diverses qualités, une stratégie plus appropriée serait d’adopter des allures mystérieuses, des demi-vérités, voire ne pas diffuser d’information du tout.

Dans l’optique du polyamour le changement devient encore plus intéressant, car le choix n’a pas besoin d’être unique. Comme le choix ne se fait plus selon un dosage parfait de tous les critères souhaités par une personne, mais selon une attirance qui peut reposer sur un seul, ou une partie, de ces critères, les possibilités de connexions intéressantes sont multipliées par un facteur beaucoup plus élevé que le nombre de partenaires optimal recherché par chaque personne.

La transparence devient ainsi un outil de multiplication des rencontres car, plutôt que d’espérer le match parfait, vous préférerez multiplier les différentes qualités exprimées de façon à rejoindre le plus vaste éventail de partenaires possible.

Cette justification explique pourquoi on passe d’un modèle de rareté des relations à un modèle d’abondance, pourquoi la transparence absolue est une option payante, et pourquoi il est paradoxalement facile de rencontrer, même à l’intérieur de ce qui semble en apparence une communauté réduite.

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Le mythe de la compétition (et pourquoi il faut s’en débarrasser)

Je me suis présenté dernièrement à un événement social avec deux de mes amoureuses. Si ce type de sortie n’est pas exceptionnel en soi (du moins de mon point de vue), il est peu habituel on en convient pour les autres participants de rencontrer un trio ou toute autre configuration multiple lors de leurs sorties.

Une des questions qui est revenue à cette occasion est celle de l’importance, ou de la hiérarchie, entre les partenaires, et de la compétition entre elles pour garder/maintenir ce niveau d’importance. En fait, il était implicitement pris pour acquis qu’une telle compétition devait exister entre mes amoureuses. Je vais donc commencer par énoncer ce qui m’appert comme une vérité fondamentale et cruciale à la santé et au bien-être de tout polycule, voire de toute relation amoureuse (ou relation tout court, en fait):

La compétition n’a pas sa place dans un polycule sain!

Croire autrement ne peut que mettre en place une dynamique malsaine. J’adopterai une posture plus près de l’anarchie relationnelle pour mes commentaires, mais ça se transpose bien aux autres types de relation.

À la base, tel que discuté à mainte reprise dans les billets, la force, la qualité et les caractéristiques d’une relation doivent être propres aux personnes qui partagent la relation. S’il s’agit d’un couple (ou d’une relation à deux), alors la relation dépend de ces deux personnes. S’il s’agit d’un trio, elle dépend de l’interaction entre ces trois personnes, et ainsi de suite.

Les personnes dans un polycule sont souvent des métamours réunis par une personne pivot. Elles peuvent aussi tisser des liens entre elle, mais pour l’exercice ici j’assumerai que ce n’est pas nécessairement le cas. Dans ces circonstances, la notion de compétition perd un peu de son sens. Être en compétition avec un-e autre implique nécessairement de l’inclure dans vos liens, dans votre relation et par conséquent, la faire dérailler de son sens premier, soit le lien entre vous et l’autre.

À noter donc que vous ne devriez pas vous sentir en compétition avec vos métamours, mais que du même souffle, il est terriblement malsain pour un pivot de mettre ses partenaires en compétition pour son attention. Si c’est le cas, une solide discussion s’impose au minimum afin de comprendre pourquoi les partenaires ressentent cette impression, et dans la mesure où votre partenaire adopte réellement cette stratégie avec son polycule, je ne peux que recommander de mettre fin dans les plus brefs délais à la relation.

Mais comment éviter cette compétition? On se fait concurrence lorsque l’on se trouve dans une situation où les ressources sont rares. Dans une relation monogame typique, vous n’avec qu’un-e partenaire alors on peut comprendre cette inquiétude face à sa disponibilité. Dans le polyamour par contre vous pouvez avoir autant de partenaires que vous êtes éthiquement en mesure de gérer. Aucune compétition nécessaire dans ces circonstances, au contraire, la coopération permet souvent de maximiser le bonheur de toutes les parties!

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La non-monogamie comme stratégie de positionnement dans le marché amoureux

J’aime aborder le sujet de la non-monogamie sous plusieurs angles: psychologie, mathématique, marketing… Alors pour m’amuser un peu – et, je l’espère, pour vous divertir également – je vais traiter du sujet aujourd’hui comme on traiterait des stratégies commerciales.

Commençons par traiter l’amour, et les relations amoureuses plus précisément, comme un marché soumis aux lois de l’offre et de la demande. Chaque personne qui entre dans ce marché a des caractéristiques qui lui confèrent une valeur donnée, et recherche en contrepartie un ensemble de caractéristiques à qui elle accorde aussi une valeur. Ces relations ont un coût d’acquisition, qui se trouve être l’effort qui doit être mis par chaque partenaire pour trouver et séduire la bonne personne et faire fonctionner la relation par la suite.

Dans un modèle où l’information circule parfaitement et librement entre tous les participants du marché, il se produit quelque chose d’intéressant. Plus l’information circule, plus le marché devient homogène afin de faciliter la comparaison. Une norme relationnelle se dégage afin de diminuer les coûts (lire, l’effort) de recherche et de participation au marché: en effet, plus vous correspondez à la norme, plus le coût d’intégration à une relation diminue. Dans cet environnement de plus en plus standardisé, les participants recherchant et offrant le plus de valeur au plus faible coût se retrouvent mutuellement et graduellement, laissant au fur et à mesure que le temps avance seulement des candidats dont la valeur laisse à désirer et ne répond pas aux attentes des autres participants dans le marché.

Autrement dit, passé un certain âge/stade/étape de vie, il semble que tous les bons prospects sont déjà en couple stable. Ne déprimez pas toute de suite cependant si vous êtes toujours célibataires! Heureusement pour vous, l’information ne circule ni parfaitement ni librement, et les attentes tout comme les qualités des gens changent avec le temps. L’espoir n’est donc pas mort!

On peut décrire la stratégie ci-dessus comme une stratégie centrée sur les coûts: dans ce modèle, votre but est de convaincre le partenaire potentiel qu’avec vous, il obtiendra avec un moindre effort un plus beau couple, une plus belle relation, de plus beaux enfants, une plus grosse maison, un plus beau chalet à la campagne, etc, etc, etc. afin que vous puissiez également obtenir tout ceci avec le moins d’effort possible.

À l’opposé de la stratégie basée sur les coûts se situe la stratégie basée sur la différentiation. Cette stratégie vise directement les inefficacités de marché qui ne sont pas comblées par la première stratégie. Par exemple, il se peut que la distribution des besoins dans le marché des partenaires potentiels ne conviennent pas du tout à ce que vous recherchez, et vice-versa, que ce que vous offrez ne correspond pas aux attentes de la majorité des participants dans ce marché. Au lieu de vouloir répondre à tous les besoins de partenaires potentiels, vous vous concentrez alors seulement sur un créneau ou quelques créneaux.

Qui décidera d’adopter cette stratégie? Ce seront les personnes qui trouvent que l’effort nécessaire pour se conformer au Modèle Standard ™ des relations est trop élevée, ainsi que les gens qui réalisent que ce Modèle ne permet pas de répondre adéquatement à leurs besoins. La différentiation ouvre la porte à la non-monogamie en reconnaissant qu’un partenaire peut combler chez vous certains besoins qu’un autre ne pourrait pas, mais que ce deuxième ait à son tour la capacité de répondre à d’autres désirs, etc, etc.

Pour survivre dans ce marché, il vous faut un avantage concurrentiel – idéalement plusieurs – qui saura répondre au besoin d’un segment ou d’une niche de clientèle. Mais cet avantage n’est pas suffisant – il vous faut aussi être en mesure de diffuser et de maintenir cet avantage auprès de ce segment. Donc, la communication constante et appropriée est importante car vous ne pouvez pas vous fier sur une norme établie pour présumer et prendre pour acquis que votre partenaire vous comprendra.

Cette stratégie a cependant des avantages évident. D’une part, elle favorise grandement la rétention de la clientèle. Dans le modèle monogame centré sur les coûts, rien n’empêche une personne d’être larguée si un partenaire plus adéquat se pointe à l’horizon! D’ailleurs, incidemment, une partie du cadre social et légal autour de la monogamie vise justement à créer un ensemble de contraintes qui rendent plus difficile de sortir d’une relation.  Dans un modèle non-monogame efficace, vous devez mutuellement constamment vous adapter à la réalité de votre segment de marché.

Cette stratégie réduit également l’impact de certaines externalités. La transmission des ITS en est un exemple: les gens monogames infidèles sont plus susceptibles d’avoir des comportements à risque que les gens pratiquant une forme éthique de non-monogamie.

À vous maintenant de déterminer ce qui fera votre valeur sur le marché des relations amoureuses: le faible investissement requis pour obtenir une relation standard, ou la différentiation qui vous apportera des avantages uniques mais nécessitant plus de travail!

 

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La communication exponentielle

Il semble parfois assez difficile pour les personnes impliquée dans un couple « traditonnel » de gérer adéquatement leur communication. Pourtant, le processus est en apparence assez simple: il faut tenir compte des besoins des deux parties, de même que des besoins propres à la relation.

La situation se complexifie très rapidement lorsque d’autres partenaires s’ajoutent à la relation. Ainsi, en trio, il faut tenir compte d’un nombre exponentiel de liens. Par exemple, si Mathieu, Pierre et Jeanne sont en trio, il faut tenir compte non seulement de leurs besoins individuels propres, mais aussi des besoins qui émergent:

  1. De la relation entre Mathieu et Pierre
  2. De la relation entre Pierre et Jeanne
  3. De la relation entre Jeanne et Mathieu
  4. De la relation entre Mathieu, Pierre et Jeanne.

Il n’y donc pas qu’une sorte de besoin à considérer, mais 7. Et si par un beau jour Alexa se joint au groupe, alors soudainement 8 combinaisons supplémentaires viennent de se créer. En effet, il faut alors rajouter aux besoins déjà énumérés:

  1. Les besoins d’Alexa
  2. Ceux issus de la relation entre Alexa et Mathieu
  3. Entre Alexa et Pierre
  4. Entre Alexa et Jeanne
  5. Entre Alexa, Mathieu, Pierre et Jeanne
  6. Entre Alexa, Mathieu et Pierre
  7. Entre Alexa, Mathieu et Jeanne,
  8. Entre Alexa, Pierre et Jeanne.

Si une cinquième personne se rajoutait au mix, vous vous retrouveriez avec au total 31 groupes de besoins ou besoins individuels à considérer. En fait, pour ceux qui ont l’esprit plus tourné vers les mathématiques, le nombre total de combinaisons possibles est de (2 exposant n) – 1, ou n représente le nombre de personnes dans la relation.

Autrement dit, une commune de 10 personnes représente 1023 types de besoins relationnels et individuels à prendre en considération.

La particularité de l’anarchie relationnelle ici est de dire que tous ces besoins sont importants, même si toutes les relations ne sont pas amoureuses. Par exemple, pour revenir à un schéma plus simple, dans l’exemple du trio ci-dessus, il est possible que Mathieu ait une relation amoureuse avec Pierre et avec Jeanne, mais que la relation entre Pierre et Jeanne soit de son côté plutôt platonique. Ceci ne change strictement rien au fait que des besoins peuvent émerger de cette relation, qu’ils ont une validité qu’il faut reconnaître, et qu’ils doivent être reconnus par tous les partenaires.

On comprend donc que pour faire fonctionner une relation polyamoureuse, ou une relation dans un contexte d’anarchie relationnelle, il faut avoir l’ouverture de comprendre la dynamique de toutes les relations potentielles entre les personnes impliquées (même indirectement) dans le polycule, dans le polycule des métamours, etc.

On comprendra aussi qu’il est presque humainement impossible de tenir compte de toutes ces éventualités lorsque vous échangez avec quelqu’un d’autre, d’autant plus que des contextes émotionnels chargés ou tendus peuvent faire que nous voyons principalement nos propres besoins et ceux qui nous affectent directement, au détriment du portrait relationnel global.

Il n’y a pas de remède magique à ces situations. Que des outils et des attitudes à adopter qui peuvent vous faciliter la vie. Faire preuve de patience et de compassion est un must. Parfois, tenter de schématiser, de conceptualiser ce qui se passe (quitte à le dessiner) peut aussi nous aider à remettre les choses en perspective.

Si vous avez des trcs et conseils, je vous invite à les partager avec nous en les mentionnant dans les commentaires!

 

 

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Le mythe de l’engagement

Retour sur une conversation typique qu’ont du avoir tous les gens qui vivent dans une quelconque forme de non-monogamie éthique (polyamour, anarchie relationnelle, etc.) à un moment ou l’autre de leur vie::

« Donc décris-moi ton style de vie? »

« Bien je fréquente plusieurs personnes, qui sont également libres de fréquenter plusieurs personnes… »

« Ah ok, dans le fond tu as peur de l’engagement! »

« Non, j’aime tellement ça m’engager que je le fais avec plusieurs personnes simultanément! »

J’attire votre attention sur le préjugé qui est immédiatement mis à l’avant plan: la peur de l’engagement. Cette espèce d’hystérie collective à-propos de l’engagement repose sur la proposition fort douteuse que non seulement l’humain est par défaut un être incomplet, mais qu’il ne peut être complété que par une relation durable – et essentiellement monogame – avec un (et un seul) autre être humain – préférablement la personne qui critique.

I call bullshit.

On peut méticuleusement décortiquer et détruire chaque composante de cette proposition. D’abord, s’il faut bien reconnaître une nécessaire interdépendance chez les humains, il y a toute une différence entre ça et l’incomplétude. L’être humain n’a pas « besoin » de qui que ce soit pour le compléter et le réaliser et on ne manque pas de réalisations par de grands solitaires afin de nous le rappeler sur une base régulière. Le compositeur Haendel, à qui on connait très peu de relations romantiques, en est un bon exemple. L’actrice (et par la suite brièvement espionne) Greta Garbo en est un autre.

Une personne peut donc fort bien se réaliser dans la solitude et avoir une vie complète et bien remplie, incluant de nombreuses interactions avec autrui. Pour ces personnes, on ne parle pas tant de peur, mais bien d’un refus de l’engagement romantique. C’est une décision de surcroît qui est parfaitement acceptable si la personne y trouve plus de bien-être.

Parler de « peur » de l’engagement est en fait une forme de coercition sociale qui fait de « l’engagement » une performance sociale à accomplir. L’argument va comme suit: on peut avoir peur d’aller au combat, peur de grimper une montagne, peur de changer d’emploi – on craint en général les conséquences liées à une mauvaise performance (possiblement fatales dans les deux premier cas). La relation de couple dans le Modèle Standard est présentée encore une fois comme une activité de performance (avec des buts précis à atteindre), donc ceux qui refusent de participer à cette activité doivent avoir peur aussi, non?

Cet argument ne fait plus aucun sens dès que vous ne souscrivez plus au Modèle Standard des relations (lire par exemple cet ancien billet). Il ne fait pas de sens si vous ne cherchez pas à être en relation, mais préférez une approche plus ponctuelle. Il ne fait pas de sens si vous voulez vraiment vous investir au sein de plus d’une relation (comme le démontrent les articles que je citais il y a deux semaines). Surtout, il ne fait aucun sens si votre point de référence pour l’engagement est une autre entité que le couple. Rien ne vous empêche de vous engager pour votre travail, votre famille, votre polycule, votre communauté. Dans ce dernier cas plus précisément, il est possible d’imaginer cultiver une multitude de relations amicales, romantiques, sexuelles au sein d’une même communauté afin de contribuer à renforcer les liens au sein de celle-ci et de la rendre pérenne.

L’engagement n’a pas à être une norme extérieure à l’individu. On l’a érigé en mythe, en institution et en contrainte sociale fort pratique pour obliger les gens à respecter un modèle de relation plus conventionnel. Plus précisément, lorsqu’une personne invoque la peur de l’engagement d’autrui, elle parle plus souvent de la peur de l’engagement « avec elle ». Le mythe devient à la fois un outil de contrainte et un moyen de se rassurer quant à sa propre valeur (ce n’est pas moi qui est en cause, c’est l’autre qui refuse de s’engager).

Au contraire,  l’engagement est un choix profondément personnel et une décision à respecter dans tous les cas et par toutes les parties, et sa forme n’a pas à être régie par personne.

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Polyamour et santé mentale

Un des préjugés entendus contre le polyamour est que les gens qui le pratiquent doivent avoir une santé mentale déficiente, malsaine, bref, qu’ils sont un peu défectueux. Sinon, bien entendu, pourquoi ne pas simplement se contenter du bon vieux Modèle Standard ™? Selon ces préjugés, il faut qu’une personne soit bien dépendante affectivement pour accepter de vivre dans une telle relation, ou encore manipulatrice et narcissique pour convaincre autrui d’adhérer au modèle. Parfois, le préjugé vient de l’intérieur de la communauté, par l’observation de la prévalence de différents troubles de personnalité. On en vient à penser que, par exemple, il y a plus de gens avec un trouble de personnalité limite qui sont intéressés par le polyamour.

Heureusement, les chercheurs commencent à se pencher sur cette question et leurs découvertes permettent de mettre aux rancart ces préjugés, dépeignant un portrait beaucoup plus nuancé de la psychologie des polyamoureux. Je vais mentionner ici trois études qui pourront aussi servir de point de départ aux gens intéressés par ces questions. Les références bibliographiques sont au bas du billet.

Les faits

Rubel et Bogaert (2015) effectuent une revue de littérature exhaustive qui démontre que les monogames ne diffèrent pas significativement des non-monogames consensuels sur un vaste éventail de traits de personnalité. Certains indicateurs pointent vers un bien-être général ou un niveau de bonheur plus élevé en raison de sentiments d’excitation et d’appartenance à une communauté. D’autres indicateurs en revanche laissent penser qu’un bien-être général plus faible pourrait mener certaines personnes vers les relations non-monogames, sans qu’il soit possible d’établir un consensus clair sur cette question. Aucune différence significative n’a été établie dans la consommation d’alcools ou d’autres drogues. La qualité de la relation et la satisfaction des partenaires face à celle-ci ne diffère pas entre monogames et non-monogames.

King (2015) de son côté, en ancrant son étude dans la théorie de l’attachement, a étudié un échantillon de femmes hétérosexuelles vivant des relations monogames ou polyamoureuses et n’a pas été en mesure de déceler d’écart significatif au niveau de l’anxiété ou de l’évitement.

Mitchell, Bartholomew et Cobb (2014) démontrent que les polyamoureux ne « compensent » pas une relation insatisfaisante en cherchant d’autres partenaires pour combler leurs besoins. Les relations polyamoureuses d’une même personne opèrent de façon indépendante les unes des autres. Chaque relation forme un tout au niveau de la satisfaction des besoin, de la satisfaction dans la relation et de l’implication dans celle-ci.

Origine du préjugé

D’où alors viennent ces préjugés sur la santé mentale? Je n’ai pas fait de sondage scientifique sur la question, mais j’avancerais deux hypothèses qui mériteraient d’être testées en temps et lieu, soit une hypothèse externe à la communauté polyamoureuse, et une hypothèse interne.

L’hypothèse externe est que les accusations relatives à la santé mentale sont en fait une forme de manipulation particulièrement insidieuse nommée « Gaslighting » qui vise à forcer la victime à remettre en question sa propre santé. Ces attaques et préjugés visent donc à faire rentrer les polyamoureux dans le rang des bons petits monogames en essayant de leur faire croire qu’ils sont tout simplement malades.

L’hypothèse interne repose sur l’intuition mathématique (non-confirmée empiriquement) que si une personne mène plus d’une relation simultanément, il est statistiquement plus probable qu’un ou une de ses partenaires souffre d’un problème de santé mentale à n’importe quel moment dans le temps qu’une personne en relation monogame. Les gens polyamoureux seraient donc plus susceptibles d’être exposés à ces enjeux que les monogames, d’où une fausse impression d’incidence plus élevés de troubles mentaux dans la communauté polyamoureuse.

Pourquoi il faut en parler

Ces préjugés sont particulièrement dangereux car non seulement ils visent à mettre à l’écart, à isoler, ou à rabaisser les polyamoureux, mais aussi parce que de par leur nature même ils renforcent davantage les préjugés dont souffrent déjà les personnes aux prises avec des enjeux de santé mentale.

Or, que ces dernières soient polyamoureuses ou monogames ne change au final rien du tout. Il est important, en tant que société, de faire preuve de compassion et d’inclusion envers tous ses membres. Plutôt que de discriminer sur la base de la santé mentale, il faut viser à comprendre ces enjeux, intégrer les personnes qui en souffrent, leur laisser aussi une voix et une place au sein de nos communautés.

Donc, la prochaine fois qu’on vous servira de cette salade, vous pourrez répliquer sur deux fronts: premièrement, que ces préjugés sont erronés, et deuxièmement, que ces préjugés démontrent l’absence d’empathie de celui ou celle qui les profère.

Références:
Attachment security: Polyamory and monogamy a comparison analysis.
King, StephanieDissertation Abstracts International: Section B: The Sciences and Engineering, Vol 75(10-B(E)), 2015.
Mitchell, Melissa E., Kim Bartholomew, and Rebecca J. Cobb. « Need fulfillment in polyamorous relationships. » The Journal of Sex Research 51.3 (2014): 329-339.

Alicia N. Rubel & Anthony F. Bogaert (2015) Consensual Nonmonogamy:
Psychological Well-Being and Relationship Quality Correlates, The Journal of Sex Research,
52:9, 961-982

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Des relations entre personnes exclusives et non-exclusives

Ce billet traitera des relations entre les personnes non-exclusives (polyamoureuses ou anarchistes relationnelles) et celles plus traditionnellement monogames. Je n’ai pas la prétention d’avoir l’autorité finale en la matière, alors je vous invite à voir ce billet comme une réflexion et surtout, une invitation à ajouter vos commentaires ci-bas afin d’amorcer une discussion plus soutenue.

(Précision: par « exclusivité » j’entends dans ce billet exclusivité romantique et/ou sexuelle. L’exclusivité amicale ou relationnelle ne fais je crois aucun sens pour la grande majorité de la population.)

On pourrait à prime abord se demander pourquoi deux personnes n’ayant pas la même vision de l’exclusivité voudraient être en relation. Mais il y a tout un éventail de réponses qui explique cet état de fait. Par exemple, dans une relation existante, un partenaire dans un couple plus « traditionnel » découvre qu’il n’est plus confortable avec l’exclusivité. Mais plus fréquemment, le bassin de personnes exclusives est tellement plus vaste qu’il est presque inévitable pour une personne non-exclusive de développer un lien d’attachement avec l’une d’entre elles un jour.

On pourrait aussi se demander pourquoi une personne exclusive voudrait être en relation avec quelqu’un qui ne le sera pas. Encore une fois, les réponses et les cas de figure sont très variées. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que le succès de ces relations vont souvent dépendre de ce que les partenaires impliqués fassent la distinction entre deux éléments:

  1. Le désir d’une personne d’être exclusive
  2. Le désir d’une personne que son/sa partenaire soit exclusif(ve) également.

L’exclusivité romantique et sexuelle est une orientation et un choix tout à fait respectable. En soi, demander à quelqu’un de devenir polyamoureux ne fait pas vraiment de sens, surtout si la personne sent qu’elle n’a ni le désir, ni les capacités de s’investir émotionnellement dans plus qu’une relation.

Mais ceci dit, rien n’empêche une personne exclusive d’accepter et de comprendre que ses partenaires ne le soient pas. (On peut aussi imaginer le scénario contraire, soit une personne non-exclusive qui veut que ses partenaires lui soient tous et toutes exclusifs et exclusives, mais ceci soulève des préoccupations éthiques évidentes). Les circonstances de vie de cette personne feront qu’elle voudra être un partenaire privilégié ou pas, c’est selon.

Le premier exemple qui vient en tête est celle de la relation « primaire » ou « principale » (les termes ne font pas l’unanimité) où un des deux partenaires accepte que l’autre aille chercher ailleurs à combler certains besoins affectifs ou sexuels, avec la confiance qu’il restera le partenaire principal et que les deux continuent à s’investir ensemble dans leur principaux projets de vie. Ce type de relation peut être explicite dès le départ, ou peut être le résultat de l’évolution personnelle d’un des deux partenaires, ce qui nécessite évidemment une réévaluation de la relation en cours de route.  Voici deux exemples (qui sont loin de former une liste exhaustive on s’entend):

  • une personne qui désire explorer une sexualité ou des activités plus alternatives (kink ou BDSM) qui n’attirent pas son partenaire, ou encore vivre pleinement son orientation sexuelle/romantique (par exemple pour une personne bisexuelle et/ou biromantique) et qui le fait, de façon transparente, hors du couple.
  • Une personne asexuelle qui comprend le besoin de son ou sa partenaire et accepte qu’il ou elle puisse explorer ces derniers hors de leur relation.

On peut tout aussi bien imaginer une personne exclusive en tant que partenaire « secondaire » – ou faire partie d’une relation sans aucune distinction hiérarchique entre les partenaires, avec une personne solo-polyamoureuse, ou anarchiste relationnelle par exemple.

Deux cas de figure reviennent ainsi régulièrement :

  • Le « En attendant… » La personne exclusive souhaite éventuellement former un couple monogame, mais fréquente un partenaire poyamoureux ou anarchiste relationnel avec qui elle peut explorer et combler des besoins affectifs ou sexuels, en général avec la compréhension que cette relation évoluera vers un mode plus platonique si la première personne en vient à former un couple exclusif avec un autre partenaire dans le futur.
  • Le « Trop occupé… » La personne exclusive préfère investir une majorité de son temps et de son énergie dans d’autres projets professionnels ou personnels (carrière, famille, études, etc.) et n’a donc qu’une disponibilité limité pour un engagement de type romantique ou sexuel.

Il faut noter que ces éléments peuvent être fluides, chez chaque personne. C’est explicite dans le premier cas de figure, mais aussi très probable dans le second cas. Il est de la responsabilité des deux partenaires impliqués de communiquer leurs attentes face à la relation, leurs limites et leurs désirs, et de s’engager en acceptant et reconnaissant que ces situation puissent changer avec le temps. Les liens émotionnels seront bien réels de part et d’autres et les deux partenaires doivent faire preuve de compassion pour l’autre lorsque la relation se transforme. Ainsi un partenaire « en attendant » peut renoncer à l’exclusivité et désirer des liens romantiques forts avec plusieurs personnes – bien que plus probablement il ou elle trouvera plutôt un partenaire exclusif, tel qu’entendu dès le départ. La personne « trop occupée » pourrait éventuellement dégager plus de temps dans son horaire, mais ce temps ne sera pas nécessairement consacré à son partenaire actuel. Elle pourrait tout autant chercher un partenaire exclusif que chercher d’autres partenaires non-exclusifs.

Les attitudes et comportements qui facilitent ses relations pour tous les partenaires impliqués pourront faire l’objet d’un billet futur – je sollicite particulièrement votre feedback à cet effet, surtout pour les gens qui ont des relations de type hiérarchique. La confiance, le respect de soi et d’autrui, la compassion et la communication sont, comme pour toute relation, les piliers qui soutiendront les partenaires.

Il faut retenir que tous les choix de mode relationnels présentés ci-haut sont des choix valides et sains s’ils sont vécus de façon transparente entre les partenaires, avec leur consentement et avec la plus grande considération pour les besoins et l’intégrité de ces derniers. Une relation abusive, teintée de mépris, ou encore une relation où un(e) des partenaires est un peu contraint(e) d’adhérer à des comportements ou d’accepter ceux de l’autre, est malsaine qu’elle soit exclusive ou non.

 

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Briser les vieilles mentalités

Le propre de l’anarchie relationnelle est de se détacher des hiérarchies socialement contraintes qui sont imposées aux relations de tout genre, plus spécifiquement aux relations dites amoureuses. Par contre, plusieurs comportements qui encadrent et structurent la communication et les échanges relationnels sont socialement construits, transmis et appris et viennent perpétuer et renforcer les modèles traditionnels. En faire une liste exhaustive serait sans doute trop long, mais on peut commencer à en pointer quelques uns du doigt afin d’amorcer une réflexion critique sur certaines normes relationnelles.

Par exemple, les comportements attribuant des rôles selon le genre de la personne sont faciles à cibler. Ainsi, lorsqu’on dit que l’homme doit faire les premiers pas, ou qu’il est responsable de communiquer ou d’initier en premier les conversations et les suivis après une rencontre, on reproduit des patterns de domination sexiste qui visent à cantonner la femme dans un rôle bien précis: soumise, docile, prête à se livrer selon des règles de propriété strictes, etc.

Ceci dit, toute comportement qui suit une codification sociale pré-établie est à proscrire. Les normes qui vont du « jamais le premier soir » à « toujours attendre 3 jours avant de rappeler » sont tout autant de formes de domination insidieuses qui imposent une moralité victorienne sur les relations actuelles. Cette moralité sous-tend un pattern patriarcal qui vise ultimement à maintenir des intérêts de propriété bourgeois et capitalistes  (on contrôle la femme et son comportement pour contrôler les enfants qu’elle produira. L’utérus est un actif). On attend pour faire monter les enchères. Augmenter sa valeur. Ne pas perdre sa réputation (qui est aussi un actif). Et etc.

Même certaines expressions et comportements plus modernes ne font aucun sens dans une perspective anarchiste. Par exemple, la notion de « friendzone » revient à dire qu’une relation est limitée, incomplète ou un échec si elle ne s’est pas rendu jusqu’en territoire amoureux. Ceci revient à mettre la relation amoureuse sur un piédestal hiérarchique parmi toutes les multiples autres façons dont deux personnes peuvent apprendre à se connaître.

Au-delà des hiérarchies, de la moralité et des conventions, on peut catégoriser ces comportements de ce qu’ils découlent d’une vision de rareté des relations, par opposition à une vision d’abondance des relations. Bien décrites dans le livre More than Two, les deux modèles présentent en opposition un monde où les vraies connections sont rares, précieuses, doivent être défendues et jalousées à tout prix, et un autre monde où les connections sont infinies, variées, restreintes que par le temps et les désirs des gens d’entrer en relation et de se connaître.

Un monde où les ressources précieuses, voire vitales sont rares mène à toutes sortes d’inégalité, d’abus, de concentration de pouvoir et de dominations malsaines. Il est difficile d’imaginer vivre de façon polyamoureuse, et encore moins en tant qu’anarchiste relationnel, dans un tel univers. La jalousie spécifiquement naît d’une telle conception des relations et est l’obstacle principal que rencontrent les polyamoureux sur leur chemin.

Le polyamour et l’anarchie relationnelle ne font de sens que dans un monde où les liens pouvant être tissés entre les gens sont quasiment infinis. Cette conception requiert de défaire l’ensemble des vieilles mentalités et moralités qui ont façonné nos comportements relationnels. Notre affection, notre amour et notre coeur ne sont pas des quantités restreintes à vendre à un(e) unique élu(e). Ils sont uniques mais peuvent être partagés encore et encore (selon les limites physiologiques et psychologiques et l’horaire des gens impliqués, en fait), pour une seule fois ou à répétition, pour quelques minutes, quelques semaines ou toute une vie. Ainsi, la loi du « jamais le premier soir » qui vise à préserver la rareté de la ressource, donc sa valeur, de même que la bonne réputation (afin de garder toujours une bonne valeur sur le marché amoureux), pourrait être remplacée dans un modèle d’abondance par la règle du « Fuck Yes or No » de Mark Manson. En fait, cette dernière peut se substituer à pas mal des règles désuètes présentées précédemment!

Le premier pas vers des comportements relationnels plus adéquat est donc de changer de paradigme relationnel, de s’ouvrir à l’idée d’abondance afin de pouvoir ensuite vivre pleinement et intègrement celle-ci.

 

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Les difficultés du contact émotionnel

Inévitablement qui dit polyamour ou anarchie relationnelle implique le contact émotionnel entre deux personnes. Mais alors que dans la relation de type traditionnel on s’habitue lentement à la façon de s’exprimer d’une seule personne, dans ces autres contextes nous devons parfois nous adapter rapidement (voire simultanément!) à différentes façons de ressentir et de communiquer ses émotions.

Le contact émotionnel passe par différentes étapes, chacune d’entre elle formant un continuum où les gens peuvent se situer. Comprendre donc comment s’y retrouvent vos partenaires vous aidera à créer avec eux des liens plus intimes.

Tout d’abord vient la capacité de ressentir l’émotion et d’en être conscient. La majorité des gens ressentent une gamme assez variée d’émotions primaires (joie, tristesse, peur, colère) et secondaire (honte, nostalgie, affection, etc.). Chez certaines personnes par contre, l’émotion peut être réprimée ou refoulée inconsciemment, ou encore absente (parfois, seules les émotions primaires sont présentes, parfois aucune), qu’il s’agisse de mécanismes de défense psychologiques ou encore de particularités neurologiques (par exemple, chez certaines personnes neuroatypiques).

L’émotion se distingue aussi de l’humeur, qui est un état d’âme moins spécifique, mais dont les mouvements varient aussi de personne en personne, allant de l’athymie (soit l’absence d’état affectif) jusqu’à des mouvements d’humeur hors de contrôle, et une bonne majorité des gens se situent entre les deux.

Il faut de surcroît être capable d’exprimer cette émotion. On estime qu’environ 10% des gens sont touchés à différents niveaux par l’alexithymie, qui est la capacité de reconnaître et de communiquer ses émotions.

La capacité de percevoir l’émotion chez les autres est un élément important de la communication. Certaines personnes neuroatypiques n’ont pas cette capacité ou la développent à un niveau moindre. Cette perception peut être cognitive, du registre de l’empathie – vous reconnaissez, analysez, et décodez intellectuellement l’humeur de l’autre – ainsi qu’affective, du registre de la sympathie – vous ressentez vous même l’émotion que votre partenaire ressent. (Notez bien que les termes empathie et sympathie sont utilisés différemment selon les auteurs, alors si ces expressions vous déplaisent, sentez-vous libre de substituer celles de votre choix). Chaque personne diffère quant à sa façon de réagir aux émotions d’autrui, ce qui n’est pas en soit une mauvaise chose. Ainsi, un psychopathe primaire pourrait analyser vos émotions pour vous manipuler, mais vous appréciez qu’un chirurgien garde aussi la tête froide en vous opérant. L’empathie et la sympathie sont donc différents de la moralité.

La communication émotionnelle, autrement dit, repose sur une boucle fragile impliquant la reconnaissance de son émotion, l’expression de celle-ci, la reconnaissance de cette expression par l’autre, puis une réaction ou une validation appropriée, et ainsi de suite. Pour des raisons personnelles, psychologiques, neurologiques ou autres, la capacité de vos partenaires peut varier selon chacune de ses étapes. Il devient donc important, surtout si votre polycule est assez diversifié, de reconnaître vos propres patterns, d’en informer vos partenaires et, idéalement, que ceux-ci fassent de même avec vous.

Par exemple,  je n’ai pas de difficulté à comprendre les émotions que je ressens, à les mettre en mots et à les communiquer au besoin. De façon générale je réussis assez bien à décoder les émotions chez les autres – je sais s’ils expriment de la tristesse, de la colère, de la joie, un mélange de diverses émotions, etc. – et j’ajuste mes réactions en conséquence, sur une base presque analytique. Par contre, je ne ressens jamais l’émotion d’autrui. Ceci ne veut pas dire que je ne ressens pas d’émotion envers eux ou pour eux. S’ils connaissent du succès, je me réjouis pour eux. S’ils sont tristes, je tente de voir de quelle façon je peux être présent pour eux. Mais je ne ressens pas moi-même cette tristesse.

Enfin, résistez à la tentation de diagnostiquer vos partenaires (et les gens en général) si leurs schémas émotionnels ne correspondent pas à ce que vous considérer être la norme. D’une part, les diagnostics peuvent être très complexes et requiert une maîtrise avancée de même qu’un détachement clinique que vous n’aurez pas. D’autre part, une erreur de votre part pourrait causer plus de mal que de bien à vos partenaires. Faites preuve de compassion et, au mieux, encouragez l’autre à consulter un professionnel si la situation lui cause une réelle détresse.

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Polyamour et gestion du changement

Chaque nouvelle rencontre nous transforme. La découverte d’une nouvelle personne met en lumière de nouvelles façons de penser, d’aimer, d’exister tout en jetant un éclairage particulier sur les nôtres. Nous découvrons parfois des pans de notre personnalité dont nous ignorions jusqu’alors l’existence. Cette découverte est parfois euphorique, voir frénétique tandis que nous explorons l’autre (ou nous nous explorons mutuellement) avec une ardeur amoureuse irrépressible.

Chez les polyamoureux, le nombre de nouvelles rencontres amoureuses est potentiellement beaucoup plus élevé que chez les pratiquants du modèle monogame standard. il faut ajouter à cela que chaque nouvelle rencontre de nos partenaires nous transforme également. Ceci fait beaucoup de transformation dans un laps de temps potentiellement très court. Il est nécessaire alors de se doter d’outil pour gérer le changement.

Si les textes portant sur la gestion du changement sont nombreux dans les écoles de management, il y a un gros problème à les réutiliser dans le cadre d’une relation amoureuse (poly ou pas). Le changement organisationnel est planifié et vise un but tactique ou stratégique. Le changement amoureux ne l’est généralement pas. Dans un cas on agit de façon proactive. Dans l’autre, de façon réactive. Néanmoins, quelques principes se transposent très bien d’un domaine à l’autre.

  1. Bien se connaître. Dans la pratique « Lean Six Sigma », par exemple, le premier étape de l’amélioration continue est la définition de la situation actuelle. Ça semble banal, mais pour bien comprendre en quoi nous sommes en train de changer, il faut savoir comment nous étions avant le changement. Introspection, rétroaction, et autoévaluation: ce sont des pratiques ou des activités à adopter régulièrement. Demandez du feedback à vos partenaires et aux gens qui vous connaissent bien sur votre perception de soi afin d’éviter le piège de la complaisance. Cette connaissance est cruciale car il est rare qu’un changement survienne change. Tout bouge autour de vous, et différentes parties de votre vie peuvent être affectée à un moment donné, ce qu’il faut savoir reconnaître.
  2. Impliquer toutes les parties prenantes. Un changement qu’on impose de l’extérieur est toujours moins bien accueilli qu’un changement auquel on participe, ou au moins auquel on a pu contribuer par nos commentaires ou nos réflexions. Vos partenaires et métamours devraient vous accompagner (et de même, vous devriez aussi les accompagner) lors de ces changements. Vous êtes après tous tous intimement reliés et interdépendants. La survie de vos relations dépend donc de votre habileté à communiquer et vous ajuster ensemble.
  3. Devenez porteur du changement. Il ne s’agit pas que d’être là et de regarder le changement se produire sous vos yeux. Il faut trouver une façon d’être un participant à ce dernier. Attention: cette participation doit se faire dans le respect des limites et de l’intégrité de vos partenaires. Parfois, vous serez un agent de changement ou un participant simplement en initiant une discussion avec un(e) partenaire qui vit de nouvelles expériences, en lui demandant d’expliquer ce qui est vécu, ressenti. Il se peut qu’on vous invite à être plus présent, ou pas. Acceptez ces limites si elles se présentent.
  4. Prenez le temps de faire le point. Donnez-vous des jalons, des repères ou des moments convenus d’avance afin de renouer vos liens, d’explorer ce qui se passe en vous ou en l’autre. Le jalon peut être purement chronologique (par exemple: « j’aimerais qu’à chaque dimanche on prenne le temps de revenir sur notre weekend ») ou événementiel (« j’aimerais que l’on prenne un thé à l’extérieur lorsque l’on sent qu’une de nos relations évolue différemment afin d’en parler »).
  5. Revenez sur tout le processus de changement une fois qu’il est terminé. Dans le feu de l’action, il est inévitable que nos émotions (positives ou négatives) influencent notre perception de ce qui est en train de se passer. Une fois que la poussière est tombée, prenez le temps de discuter à nouveau avec partenaires et métamours afin de voir si ces perceptions étaient adéquates, si certains comportements ont eu des répercussions imprévues, etc. Ceci est une opportunité de croissance, d’une part, et bouclera la boucle en vous ramenant au point 1 (connaissance ré-actualisée de vous-même). Surtout, si jamais une personne a été froissée pendant ce temps, ce sera l’occasion d’en discuter calmement, à tête reposée, plutôt que de laisser la situation s’envenimer inconsciemment.

Lorsque je mentionne qu’il s’agit d’une boucle, ce n’est pas innocemment. Tous ces comportements peuvent être internalisés graduellement et devenir un processus de gestion du changement continu. Après tout, vous n’évoluez pas de façon ponctuelle. Vous êtes constamment fluides, en mouvement, en transformation. Vos partenaires aussi, et les leurs aussi. Un polycule heureux s’adapte à cette réalité!

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